YouTube donne un coup de pouce (bleu) aux présidentielles

Les élections de 2012 étaient celles de Twitter.  Celles de 2017 risquent d’être celles de YouTube. En effet tous les plus grands candidats à la présidentielle sont désormais présents sur le service vidéo de Google. Jean-Luc Mélenchon en tête…

Les politiques l’ont bien compris : YouTube compte et l’avenir proche en politique peut en dépendre. D’après les chiffres communiqués par la plateforme de vidéos, la majorité des utilisateurs sont âgés de 18 à 34 ans. Il est donc normal que les politiques, qui cherchent à cibler les jeunes électeurs, se servent de YouTube pour communiquer et diffuser leurs idées.

Dans la course à l’Élysée, celui qui l’a très bien assimilé, c’est Jean-Luc Mélenchon. En l’espace d’un mois, son nombre d’abonnés a doublé jusqu’à atteindre le cap fatidique des 100.000 abonnés. Utilisant tous les codes propres aux YouTubeurs plus traditionnels (soigner les images de lancement des vidéos, faire des FAQ par exemple), le candidat publie sur sa chaîne à rythme régulier, comme ses confrères vidéastes.

 

                                          Courbe d’abonnés YouTube de Jean-Luc Mélenchon ces derniers 90 jours

 

Son ascension fulgurante, il la doit à des jeunes. Plus particulièrement aux jeunes qui animent l’un des forums français les plus connus, celui du site JeuxVideo.com et le forum « 18-25 » tout particulièrement. « Can’t Stenchon the Melenchon » ou encore #Yesweccanchon sont les deux principaux slogans que lui ont dédié les membres de ce forum. Alors évidemment, le candidat ne comprend pas forcément tout cet engouement autour de sa personne mais cela ne l’empêche pas d’en jouer. A tel point qu’il en vient à remercier ses nombreux fans à la fin de ses vidéos.

 

Pour autant, JLM (comme l’appellent les intimes du forum) n’est pas la première personnalité politique à se mettre à YouTube. Les précurseurs dans le domaine sont les principaux acteurs du Front National, Marine le Pen en tête. Même si elle est bien loin de Mélenchon avec ses 3943 abonnés…

Sur YouTube, le FN n’est pas à la traîne puisque la chaîne officielle du parti possède plus de 16.000 abonnés, ce qui en fait la troisième chaîne politique la plus suivie en France. Derrière François Asselineau, le candidat de l’Union Populaire Républicaine (UPR) -qui se sert quasi exclusivement de YouTube pour faire sa communication- avec plus de 24.000 abonnés et Jean-Luc Mélenchon.

Par ailleurs, comme le souligne le YouTubeur MisterJDay dans son dernier « Culture Tube »6 des 12 premiers politiques sur YouTube font partie du Front National. Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen et ses 2 chaînes, Marion Marechal Le Pen, Florian Philippot ainsi que Gilbert Collard. Le calcul est rapide, cela fait 50%.

Mais alors comment expliquer cette présence ? C’est facile, le FN a toujours été en avance sur le web par rapport aux autres partis. Il était le premier parti à disposer d’une page minitel mais aussi le premier à avoir un site Internet. De plus, la présence de Jean-Marie Le Pen sur YouTube est assez énorme. Ses journaux de bord en sont déjà au 452ème numéro et sont à chaque fois suivis par plus de 15.000 personnes.

 

La politique décomplexée 

Mais les hommes politiques ne sont pas ceux qui ont le plus d’influence en parlant politique sur la plateforme de vidéos. Des YouTubeurs, plus ou moins spécialisés dans la politique, réussissent à les supplanter. Il faut dire que, pour eux, toucher une audience large est beaucoup plus facile.

Ils vulgarisent, expliquent avec humour ; en bref ils savent comment attirer le public. Surtout, ces YouTubeurs abordent tous la politique de façon différente. La chaîne Acropolis, gérée par Jean Massiet, propose par exemple chaque mardi et mercredi des live stream des séances de l’Assemblée Nationale. Il commente et explique ce qui se passe à l’écran, avec humour et pédagogie.

 » J’ai eu envie de rapprocher les jeunes de la politique au lendemain des attentats qui ont touché Charlie Hebdo. Je cherchais comment faire au moment où j’ai constaté que je regardais beaucoup de streams de jeux vidéo. […] Ca a été comme un déclic pour moi : il faut commenter la politique en direct pour la rendre plus accessible », témoigne Jean Massiet.

Hugo Travers, qui anime la chaîne HugoDécrypte, a aussi décidé de rentre l’actualité société et politique plus lisible. Depuis la rentrée, ce journaliste en herbe réalise des « Interviews Augmentées » des candidats à la présidentielle.  Il a déjà interviewé la majeure partie des candidats de la Primaire de la droite : Jean-François Poisson, Jean-François Coppé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire.

A l’heure où nous consommons les vidéos de façons quasi instantanés, le vidéaste a opté pour des interviews de trente minutes environ. Et il y tient. Ainsi « on a le temps […] de rentrer dans le fond du programme, de ne pas rester à la surface des choses », estime-t-il.

Pourquoi ne s’est-il pas tourné vers des chaînes de télévision ? YouTube lui a semblé être le moyen le plus facile de diffuser ses interviews. « J’ai une liberté éditoriale totale sur ma chaîne, ce qui n’est pas le cas en télévision », confie t-il.

Mais est-ce que l’humour ou la décontraction fonctionnent auprès du public ? Il suffit de se pencher sur les vues faites par ces vidéos. Le « Culture Tube » de MisterJDay sur la politique en est à 257.577 de vues, les « Interviews Augmentées » d’HugoDécrypte font entre 30.000 et 75.000 vues ; et les replays des « live » d’Acropolis cumulent en moyenne entre 1000 et 6000 vues. Aucun politique n’arrive à rassembler autant de vues sur ses vidéos. Sauf Jean-Luc Mélenchon qui flirte avec les 100.000 vues au minimum pour ses « Revues de la Semaine ».

YouTube a donc un véritable poids. Mais le nouveau terrain de jeu des politiques et des influenceurs aura-t-il un réel impact au moment de se rendre aux urnes? C’est en tout cas ce que pense HugoDécrypte non sans nuancer :  « YouTube peut permettre de mobiliser les jeunes et de faire qu’ils aillent davantage voter qu’en 2012 ».
Jean Massiet, plus sceptique sur l’influence des politiques sur la plateforme. Pour lui, ce sont les citoyens qui se saisissent de la plateforme qui pourraient changer la donne. Le changement n’est pas à attendre sur les chaînes officielles des candidats.

Kevin HIOT

 

 

 

 

 

Écrit par iejpedago