Quand Walt Disney aura mis la culture populaire au pas

Avec le rachat récent de la 21st Fox Century, Walt Disney Company se place en pôle position pour contrôler entièrement l’industrie du cinéma américain. Que se passera-t’il si les concurrents continuent de s’incliner face à Mickey Mouse ?

Nous sommes en 2050, et Walt Disney Company a désormais le monopole de la culture populaire. Nos enfants se réveillent tous les matins pour regarder leurs super héros préférés présentés par Mickey Mouse, les salles de cinéma sont alimentées de productions pour lesquelles l’originalité a laissé place à un conformisme omniprésent. La concurrence s’est éteinte après que Disney a racheté un après un tous les studios américains. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Depuis des décennies déjà, Disney se trouvait prisonnier de sa propre incapacité à répondre aux attentes du public, jetant de plus en plus de millions de dollars dans ses productions pour des films qui laissaient parfois indifférents., comme ce fut le cas pour Lone Ranger qui avait coûté 215 millions de dollars sans compter le marketing et n’en avait rapporté que 260 millions. La politique a toujours été claire : s’ils n’arrivaient pas à créer ce que le public attendait, ils prenaient possession de la boîte qui y parvenait.

En 2006, lorsque ses classiques d’animation, ces mêmes classiques qui ont forgé la jeunesse de millions d’enfants à travers le monde, ont commencé à mal vieillir, Walt Disney a acheté le studio Pixar qui proposait des produits alternatifs comme Toy Story, et dont la créativité n’était plus à démontrer. Trois ans plus tard, le studio a accaparé Marvel, et tous les super-héros qui allaient avec, lui permettant la production de nombreux blockbusters, notamment Avengers qui est le 5ème plus gros succès commercial de l’histoire du cinéma. En 2012, c’était Lucasfilm et les droits de la saga Star Wars qui étaient passés dans la poche de Mickey.

Mais c’est en 2017 que l’expansion de la souris la plus connue du monde a réellement accéléré. Le 14 décembre, Walt Disney Company a acheté la 21st Fox Century pour plus de 60 milliards de dollars. La Fox faisait parti des studios américains majeurs, aux côtés de Paramount, Universal, Sony Pictures ou encore de Warner Bros. Avec ce rachat, Disney prenait le contrôle de 27% du cinéma américain. Avec un accès de plus en plus étendu aux nombreuses licences de la culture populaire, Mickey avait déjà un trône à son nom sur les hauteurs d’Hollywood.

 

 

Certains ne s’en rendaient pas encore compte, mais cette fusion entre la Fox et Disney ne présageait rien de bon pour les années à venir. Jean-Luc Hassaique, critique de cinéma sur le site écranlarge était déjà inquiets quant à l’avenir du 7ème art. Il mettait déjà les gens en garde : “Si Disney continue d’acheter toutes les licences et tous les concurrents, nous finirons dans un monde où la diversité culturelle n’existera plus sur le grand écran. Avec la Fox, et les droits sur les Simpson ou encore les X-Men, Disney risque d’avoir une véritable hégémonie des blockbusters.”

Mais ce n’est pas que dans les salles obscures que le géant américain a pris le contrôle. Le petit écran était alors déjà à sa portée. Avec l’achat de la Fox, Disney était en possession à plus de 60% du principal concurrent de Netflix, le site de vidéo à la demande Hulu. “Il est évident que le prochain objectif est l’expansion d’Hulu. Le site n’existe pour le moment qu’aux Etats-Unis, mais si Robert Iger [le PDG de Walt Disney Company] s’y intéresse, c’est sans doute pour l’exporter. Il a bien compris que la télévision à la demande est en plein essor et veut avoir la main mise sur ce nouveau média.”

Jean-Luc Hassaique semblait avoir bien compris de quoi l’avenir serait fait. Il concluait : “Nous pourrions arriver à un point où tous les médias seraient sous la tutelle de Walt Disney. Les séries, les longs-métrages, les films d’animations, et même la télévision, avec ESPN et les chaines de la Fox. Si toutes les licences populaires tombent sous son joug, nos enfants et petits-enfants vivront dans un monde contrôlé par Mickey Mouse.”

 

Ivan Alperin

Écrit par IEJ3A