Voici ce qu’il se passe quand on appelle les sites anti-IVG pénalisés par la nouvelle loi

Le Sénat a adopté, mercredi 7 décembre, la proposition de loi visant à étendre aux sites internet le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse. Suite à des interrogations sur la neutralité des ces sites, IEJ News a mené l’enquête.

Lorsqu’on tape « IVG » ou « avortement » dans un moteur de recherche, parmi les premiers liens qui apparaissent, on trouve des sites comme ivg.net ou encore ecoute.ivg.org. À première vue : un design neutre, des numéros verts, des descriptions comme « centre national d’écoute anonyme et gratuit » ou « centre de documentation national sur l’avortement ». Tout cela laisse penser qu’il s’agit de sites officiels, et qu’ils sont sensés apporter une écoute ou une aide aux femmes qui s’interrogent sur le fait de mener leur grossesse, à terme.

« Un avortement, ce n’est pas rien »

Pour connaître les intentions de ces sites, la rédaction les a contactés. Quand on compose le numéro d’ivg.net, à l’autre bout du fil, le ton de l’interlocutrice est chaleureux, jovial, rassurant. « Vous avez bien fait de nous appeler! Vous êtes déstabilisée, vous vous sentez perdue, et cela est tout à fait normal en début de grossesse », nous lâche-t-elle. Mais plus la conversation se prolonge, plus celle-ci laisse échapper son argumentaire anti-avortement et son esprit « pro-vie » : « Un avortement, ce n’est pas rien, surtout au niveau psychologique. Vous faites votre IVG, sur le coup vous êtes soulagée, mais après ça revient, il aurait quel âge? Il serait comment ? ».

En France, la durée limite pour une interruption volontaire de grossesse est de 12 semaines, mais notre interlocutrice nous met tout de même en garde : « Vous êtes à huit semaines, c’est important parce que ce n’est plus un embryon que vous avez, c’est un foetus , il est grand ! » Pour voir jusqu’où elle pourrait aller, nous lui répondons : « Vous pensez donc que c’est trop tard ? », « Moi je pense que oui », affirme t-elle.

Elle nous invite à consulter leur page Facebook. On peut y lire des témoignages de femmes qui ont eu recours à l’avortement. le point commun : tous ces avis sont négatifs. Tous, sans exception.

Afin de mieux nous convaincre, notre interlocutrice nous propose de nous rencontrer. Nous avons accepté de prendre un café avec cette personne. Ce rendez-vous nous apprend que la plateforme a été créée et est animée par l’association SOS-détresse. Un couple de militant catholique, Marie et René Sentis, s’occupe de la gestion. C’est d’ailleurs Mme Sentis que nous avons eu au téléphone et aussi rencontré.

Voici un aperçu de l’appel passé à la plateforme ivg.net :

« Prendre le temps de regarder au fond de son coeur »

Nous avons également contacté le site ecoute.ivg.org. « La première chose que je voudrais vous demander est , qu’est ce que vous avez ressenti quand vous avez su que vous étiez enceinte ? », nous dit-on cette fois-ci. Là, le ton et la voix de celle qui répond est beaucoup plus calme et apaisant. Son discours est moins persuasif, plus subtil. « Ne perdez jamais de vue que c’est votre décision… Ne laissez personne vous influencer, personne n’a le droit de vous dire ce que vous devez faire, il faut prendre le temps de bien regarder au fond de votre coeur. Au fil de la conversation, elle ne déconseille jamais explicitement d’avorter, mais ses conseils se font de moins en moins neutres : « Aujourd’hui l’IVG c’est simple, mais c’est lourd à porter après« .

Voici un aperçu de l’appel passé à ecoute.ivg.org :

Le site officiel du gouvernement sur l’avortement dépend du ministère de la santé. Des campagnes de référencement payantes ont été menées. Selon le ministère, une opération avait aussi incité les internautes à se connecter au site gouvernemental pour le faire remonter dans le moteur de recherche.

Sept jours avant la publication de cet article, le site de l’état apparaissait en deuxième position dans les moteurs de recherche. Cette semaine, il est passé en première position. Les efforts ont visiblement payé.

Thénaïs Gence

Écrit par iejpedago