Violence au coeur des foyers russes

La Russie a une nouvelle fois fait parler d’elle. En cause ?  Une loi qui re-qualifie les violences domestiques en infractions civiles. 

Les Russes pourront-ils frapper les membres de leur famille en toute impunité ? Les députés ont voté en première lecture un projet de loi scandaleux qui stipule que la violence familiale, y compris envers les enfants, ne serait plus un crime, mais une simple infraction passible d’une amende. Si les coups ne laissent pas de séquelles et sont portés pour la première fois, la punition s’élèvera à une amende de 464€ seulement. Maltraiter sa moitié ne coûtera donc que le prix d’un smartphone… Seule une récidive sera jugée au pénal. Les violences domestiques étaient jugées jusque là comme un crime puni par des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. 

C’est la députée Yelena Mizulina qui a porté haut et fort ce projet de loi. Son but ? Désengorger les tribunaux. Le plus sidérant ce n’est pas forcément la loi en elle-même, mais le fait que ce soit une femme à l’origine de cette dépénalisation. 

« Cela peut arriver à chacune d’entre nous. Ne garde pas le silence » – affiche contre les violences conjugales en Russie.

Rappelons que 36.000 femmes subissent quotidiennement des violences conjugales dans le pays. Plus accablant encore, 26.000 enfants sont agressés par leurs parents. Au total, près de 10.000 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint. Un chiffre affligeant qui ne suscite pas de réaction à la hauteur des enjeux. En novembre 2016, le pays s’était ému du cas d’une jeune femme morte sous les coups de son compagnon à Orel, une ville située à l’ouest de la Russie. Peu avant le drame, la victime avait appelé les secours, en vain, comme en témoigne une partie de la retranscription de l’appel téléphonique :

« Secouriste : N’appelez plus, nous n’irons pas chez vous !
Femme : Comment ça, et s’il me tue ?
Secouriste: Ne vous en faites pas, s’il vous tue, on viendra pour identifier votre cadavre ! »

Comment pourrions-nous agir, se demande-t-on, impuissant, face à ces victimes qui ne semblent pas soutenues par leur gouvernement ? Et bien, déjà, en manifestant ou en se mobilisant sur les réseaux sociaux. Voire en envoyant à Mme Mizulina, dans une jolie petite enveloppe, le projet de loi interdisant fessées et gifles sur les enfants français. Une façon de dénoncer le deux poids deux mesures en Europe. 

Mélissa Chatel Karras

Écrit par iejpedago