Vers une inquisition journalistique mexicaine

Au Mexique, le métier d’informer continue de faire des victimes. Malgré les moyens mis en place par le comité de protection des journalistes, (CPJ) 24 journalistes ont été tués ces cinq dernières années. D’autres n’ont jamais été retrouvés. Sans une presse libre, la démocratie mexicaine ne peut être que compromise.

 prensa« On ne tue pas la vérité en tuant les journalistes »

En réponse aux attentats de Paris commis en janvier dernier, les médias du monde entier ont ressenti cette attaque à l’encontre de l’un des droits fondamentaux de l’être humain : la liberté d’expression. Et pourtant, sans chercher à minimiser cet acte, la vague de mobilisation qui s’en est suivie a provoqué de vives réactions de la part de certains journalistes mexicains. Ils ont avoué se sentir envieux, eux qui vivent dans un pays où la liberté de la presse n’est pas défendue avec autant d’empressement.

Le Mexique est l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes

Cet Etat nord-américain est considéré par Amnesty International comme étant l’un des pays où l’on risque le plus sa vie en exerçant cette profession. La situation y est comparable à celle des pays en guerre, à l’instar de l’Irak ou de la Syrie. Ces dix dernières années, ce sont près de 80 journalistes qui ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, dont 7 depuis l’arrivée de Peña Nieto au pouvoir le 1er décembre 2012. Une problématique qui ne semble pas être une priorité pour le chef d’Etat qui ne la mentionne même pas dans ses discours officiels.

Au quotidien, les journalistes mexicains sont confrontés à deux ennemis. Il y a tout d’abord les cartels de la drogue, qui cherchent à éliminer ceux qui enquêtent sur leurs réseaux et modes opératoires. Mais autre point plus inquiétant, et révélateur d’un problème de société : le gouvernement va lui-même jusqu’à exercer des pressions sur les médias indépendants, et sur les journalistes les plus incisifs dans leurs propos. Ces derniers sont tiraillés entre la quête de vérité et la solution plus « confortable » de céder aux intérêts gouvernementaux, en devenant un collaborateur privilégié de l’Etat, notamment en périodes électorales.

« Il faut repenser le métier de journaliste »

Pour Estela Martínez, qui propose un cours d’Histoire du journalisme au Mexique à l’Université de Guadalajara (Mexique), il est indispensable de « repenser le métier de journaliste ».

Les cours dits « traditionnels » apprennent les techniques du métier, avec d’un côté la théorie et de l’autre la pratique, mais une autre partie du programme doit aborder l’aspect sécuritaire ; avec des cours d’auto-défense, et des conseils pour continuer à exercer son métier en conservant une éthique, sans toutefois se mettre en position de faiblesse lorsqu’une information délicate va être révélée.

« Repenser le métier de journaliste », c’est ce que fait la SIP. (société de la presse entre les pays latino-américains). Chaque année, elle propose de sensibiliser les citoyens à la question de la liberté de la presse au moyen de conférences et par le biais de campagnes publicitaires.

Pour lutter contre la corruption, les menaces à répétition, et les crimes croissants, les solutions mises en place demeurent encore insuffisantes. Elles n’ont pas empêché le renvoi de la journaliste mexicaine Carmen Aristegui, en réponse au soutien qu’elle a apporté à « MexicoLeaks ». Cette nouvelle plateforme numérique est le fruit d’un collectif mexicain, qui rassemble huit médias et associations. Il a pour objectif d’encourager la population à lui transmettre des documents confidentiels de manière anonyme, sans craindre d’éventuelles représailles. Un espoir pour la presse qui continue de s’endiguer dans un certain marasme.

Charline VERGNE, IEJ 3F

Écrit par Charline Vergne