Valls à la conquête de la banlieue

A l’occasion du comité interministériel organisé aux Mureaux (Yvelines) lundi, le premier ministre a annoncé quelques mesures « fortes ». A deux mois des Régionales, Manuel Valls s’affiche en homme de terrain, qui s’attaque à la sécurité, au logement et à l’emploi. Retour sur un déplacement stratégique.

La croisade promise par Manuel Valls contre « l’apartheid social, territorial et ethnique » se précise. C’est en tout cas l’image que souhaite construire le premier ministre à travers un comité interministériel convoqué lundi 26 octobre aux Mureaux, dans les Yvelines. Tout un symbole, dix ans, presque jour pour jour, après le début de la révolte des banlieues en 2005. Pour y arriver, il s’attaque à la sécurité, le logement et l’emploi avec une série de mesures qui « approfondissent » le plan annoncé au printemps dernier. Manuel Valls entend ainsi lutter contre ségrégation et prévenir la radicalisation en s’attaquant au discriminations que peut subir la jeunesse des « quartiers prioritaires« . Pour cela, un fond sera mis en place pour le contrôle de certaines entreprises, afin de vérifier qu’aucune discrimination ne s’exerce durant les recrutements. Cette annonce perd cependant de son éclat, comparée à la promesse abandonnée du CV anonyme. C’est d’ailleurs pour compenser cet abandon de François Rebsamen, ex-ministre du travail, que cette annonce avait déjà circulé à la mi-mai. Rien de nouveau, donc.

Autre mesure annoncée ce lundi, la généralisation des caméras-piétons pour les policiers et les gendarmes en patrouille. Désormais,  » elles feront partie de l’équipement classique des forces de l’ordre sur le terrain », explique le premier ministre dans son discours des Mureaux. Là-aussi, les observateurs n’ont pas tardé à rappeler que cette mesure date du … comité interministériel du 6 mars. Le dispositif est quant à lui testé dans la police depuis près de trois ans.

«Dans un contexte de violences croissantes commises à l’encontre des agents publics, le recours à l’enregistrement vidéo et sonore objective les faits en cas de recours à la coercition proportionnée», indique le gouvernement.

Si la mesure n’a pas manqué d’élever des voix à droite, dénonçant une culpabilisation des policiers, elle fait aussi des déçus à gauche. Et pour cause, cette décision vient palier l’abandon du récépissé lors des contrôles de police, une autre promesse gouvernementale. Le récépissé était sensé prévenir les contrôles au faciès avant d’être écarté suite aux pressions des syndicats de police.

Manuel Valls privilégie donc un dispositif préventif, déployé pour son « rôle dissuasif dans la montée des tensions« .

Le premier ministre compte aussi passer à la vitesse supérieure concernant l’application de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains). La loi qui impose aux maires de consacrer aux moins 20% du parc immobilier de la ville à des logements sociaux, n’est toujours pas appliquée dans plusieurs communes.

«Les préfets de départements se substitueront aux maires ne respectant pas leurs obligations au regard de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain»,  explique le dossier de presse du comité interministériel consacré à la politique de la Ville.

 

Une mesure forte qui risque de faire grincer des dents dans les communes où certains maires préfèrent payer de lourdes amendes que d’avoir à attribuer des logements sociaux. Pour montrer sa détermination sur le sujet, le gouvernement n’a pas hésité à publier lundi une liste de 36 communes dans lesquelles l’État compte reprendre la main pour compenser le non-respect de la loi SRU. Dans ces communes, le préfet pourra préempter des terrains et des logements, délivrer des permis de construire en lieu et place des maires et mobiliser des logements vacants dans le parc privé. Cette nouvelle décision nécessite cependant d’être adossée à un projet de loi, elle ne sera donc présentée officiellement que « courant 2016« .

C’est donc avant tout un vaste plan de communication que déploie Manuel Valls. Le calendrier ministériel et électoral ainsi que la commémoration des dix ans de la mort de Zyed et Bouna à Clichy-Sous-Bois sont là pour le rappeler.

En écho à ce comité interministériel consacré à la mixité sociale et à la lutte contre les discriminations, le premier ministre participera ce soir à 18h à une émission du Bondy Blog, organisée à Bondy en Seine-Saint-Denis. Pour cet entretien d’une heure diffusé sur Dailymotion et organisé en partenariat avec RFI, France 24 et « Libération », Manuel Valls devra faire face aux questions d’une jeunesse qui a quelques raisons de lui être hostile. Alors qu’il était député-maire d’Evry, il avait demandé, face caméra, à ce qu’on rajoute « quelques blancs, quelques white, quelques blancos » dans une brocante de sa ville, afin de lutter contre le « ghetto » et les « communautarismes ».

Yassine El Azzaz 

Écrit par alexju