Un Donald Trump à l’accent russe

Donald Trump a une vision diamétralement opposée de ses prédécesseurs sur la relation que doivent entretenir les Etats-Unis avec la Russie. Au moment de composer son équipe, le président fraîchement élu s’entoure d’hommes d’affaires qui ont développé d’étroits liens avec Moscou.

Les relations des Etats-Unis avec la Russie sont connues pour être glaciales. Les deux grandes puissances ont pris l’habitude de s’opposer sur bien des sujets. Mais l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis pourrait bien changer la donne.

Contrairement à Barack Obama, il voit en Vladimir Poutine un allié privilégié. Le président russe qualifie son homologue d’homme « intelligent et talentueux », quand le républicain présente Vladimir Poutine comme un « homme fort » qui le traite « avec un grand respect ».

Symbole de cette coopération en devenir, les nombreuses nominations de russophiles au sein de l’administration Trump.

Un secrétaire d’état décoré par Vladimir Poutine

Celle de Rex Tillerson au poste de secrétaire d’état est la plus symptomatique. L’homme qui sera chargé de diriger la diplomatie américaine est le président-directeur général d’ExxonMobil, très grand groupe pétrolier et gazier. Rex Tillerson est chargé du développement des activités du groupe en Russie depuis plusieurs décennies. Et il est très apprécié outre-Atlantique. Le PDG a été décoré de l’Ordre de l’Amitié par Vladimir Poutine lui-même. Le Kremlin s’est empressé de saluer un « professionnel » qui a « de bonnes relations de travail » avec le chef de l’Etat russe, juste après sa nomination officielle.

(Donald Trump à propos de la nomination de Rex Tillerson comme secrétaire d’état. Crédit : Fox)

Il est prévu que Rex Tillerson prenne sa retraite l’année prochaine. Mais cette décision ne l’éloigne pas pour autant d’ExxonMobil. Le prochain secrétaire d’Etat détient des actions au sein du groupe estimée à plusieurs millions de dollars. Les conflits d’intérêts ne devraient donc pas cesser du jour au lendemain. Même dans le camp républicain, certains émettent quelques réserves, comme le sénateur de la Floride Marco Rubio : « Un secrétaire d’état doit voir le monde avec une clarté morale, sans conflits d’intérêts et avec un sens clair des intérêts de l’Amérique ».

En 2011, Rex Tillerson a signé un accord avec Rosnef, une entreprise détenue par l’Etat russe, pour une exploration de pétrole dans l’Arctique. Mais en pleine crise ukrainienne, le projet a été bloqué à cause des sanctions prises par l’administration Obama. Rex Tillerson s’est montré fermement opposé à ces pénalités.

On peut imaginer que les sanctions envers la Russie pourraient évoluer avec l’arrivée de Donald Trump, plus conciliant sur le sujet : « Il pense que les accords ne valent rien. On peut envisager qu’il arrête les sanctions si c’est dans son intérêt », explique Harold Hyman, spécialiste des questions internationales.

D’ailleurs, sur la crise ukrainienne, Donald Trump évite tout contentieux avec la Russie : « Il a fait ses calculs et doit se dire qu’il perd plus à soutenir l’Ukraine qu’à soutenir la Russie sur ce sujet », analyse Harold Hyman.

Le candidat-élu préfère faire l’autruche expliquant « qu’il n’est pas concerné » mais que de ce qu’il avait entendu « les Criméens préféraient être Russes ».

(Pour Michael McFaul, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Russie, l’Ukraine est le pays qui perd le plus avec l’élection de Donald Trump)

Son ex-directeur de campagne empêtré dans une affaire de corruption en Ukraine

Rex Tillerson n’est pas le seul pro-russe qui fera partie de l’équipe de Donald Trump.

Il y a aussi Carter Page, chargé des relations internationales pendant la campagne de Donald Trump. Il a conseillé le géant pétrolier russe Gazprom en 2007 et est également actionnaire du groupe.

« De nombreux intérêts nationaux américains coïncident considérablement avec les priorités stratégiques russes. Mais, malheureusement, une politique étrangère arrogante de la part de Washington a assez souvent échoué à prendre en compte les priorités fondamentales américaines », a confié Carter Page à une agence de presse russe.

Un autre proche de Donald Trump est connu pour avoir des liens très étroits avec la Russie. C’est Paul Manafort, le directeur de campagne de Donald Trump, qui a d’ailleurs démissionné après une affaire de corruption en Ukraine.

Les autorités locales ont rendu publics des documents détaillant le paiement présumé de plusieurs millions de dollars, à une époque où il travaillait pour les ex-dirigeants prorusses du pays. Il a notamment conseillé à plusieurs reprises l’ancien président Viktor Ianoukovitch, chassé du pouvoir lors de la révolution ukrainienne de 2014.

Donald Trump a toujours revendiqué qu’il était important d’être proche de la Russie. Avec la nomination de son équipe, il s’en donne les moyens. Mais les intérêts économiques qui lient les deux administrations vont causer de nombreux conflits d’intérêts que devra gérer celui qui prendra ses fonctions en janvier.

Alexis KUNZ

Écrit par iejpedago