Des peshmergas sur la ligne de front, près d’Erbil, dans le Kurdistan irakien, le 5 octobre 2014. ©Safin Hamed

 

Les deux attaques terroristes perpétrées à Istanbul samedi 10 décembre, qui ont fait 38 victimes, ont été revendiquées par  « Les Faucons de la liberté du Kurdistan », un groupe armé lié au PKK. Retour sur une organisation fondée au début des années 80, qui peine à renoncer à la lutte armée. 

Formé en 1978 par Abdullah Öcalan, Le Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan – PKK) a pour but de bâtir un Etat kurde indépendant. Il revendique entre 7.000 et 8.000 hommes. Depuis 1884, le PKK est actif en Iran, en Syrie, en Irak, et mène une lutte armée contre la Turquie. Elle entreprend régulièrement des actions contre les intérêts touristiques turcs, comme des attentats ou des enlèvements.

Qui sont les Kurdes ?

D’origine indo-européenne, les Kurdes sont un peuple à grande majorité sunnite, bien que certaines minorités chrétiennes ou Yazidis existent également. On dénombre 35 millions de Kurdes au Moyen-Orient, répartis sur quatre pays : la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Cette particularité leur vaut d’être la plus grande « nation sans Etat » au monde.

Les Kurdes au Moyen-Orient

Après la première guerre mondiale, le traité de Sèvres avait organisé en 1920 le démantèlement de l’Empire Ottoman. Il prévoyait de créer un Etat kurde indépendant. Cependant, trois ans plus tard, le traité de Lausanne annule cette autonomie. Sans territoire, la communauté se disperse sur plusieurs pays où des mouvements indépendantistes émergent.

On estime à 15 millions le nombre de Kurdes vivant en Turquie où ils représentent 20% de la population totale. 5 millions d’entre eux se trouvent en Iran (10% de la population), 4,6 millions en Irak (15 à 20% de la population) et 2,6 millions en Syrie (9% de la population). À noter qu’une importante diaspora s’est aussi installée en Europe, notamment en Allemagne où vivent 800.000 kurdes.

Que veulent-ils ?

Les Kurdes revendiquent la création d’un Kurdistan unifié. Longtemps persécutés en Turquie, violemment réprimés en Irak sous le régime de Sadam Hussein (5.000 Kurdes ont trouvé la mort en 1988 lors du massacre à l’arme chimique de la ville de Halabja), les Kurdes restent perçus comme une menace envers l’intégrité territoriale des pays où ils sont installés.

Ainsi, en Turquie, le PKK a régulièrement opté pour la lutte armée contre le pouvoir d’Ankara. Sa guerre d’indépendance contre le régime a fait plus de 40.000 morts, dont 7.000 parmi les forces de sécurité du pays. Une violence qui lui vaut d’être considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union européenne.

Que rôle joue-t-il dans la lutte contre l’Etat islamique ?

Après la débâcle de l’armée irakienne, dépassée par l’avancée de l’Etat islamique, les combattants kurdes irakiens, les Peshmergas (qui sont évalués à 200.000) se sont retrouvés en première ligne des combats, épaulés par les combattants kurdes de Turquie, le PKK donc, et ceux de Syrie, le YPG. Ils bénéficient du soutien des frappes de la coalition internationale et de livraisons d’armes effectuées par plusieurs pays occidentaux.

De plus, les parties contrôlées par les indépendantistes kurdes se situent dans des zones stratégiques du conflit. Ils constituent ainsi la seule ethnie susceptible de combattre Daech de part et d’autre de la frontière entre la Syrie et l’Irak, ce qui leur confère en partie la même configuration géographique que l’Etat islamique et les rend directement opérationnels.

La carte kurde est jugée cruciale à Washington, d’autant plus qu’après l’effondrement des forces d’opposition syriennes dû au pilonnage des Russes, cette composante du conflit représente un appui terrestre indispensable. Quant à l’Irak, où l’aviation américaine et la coalition effectuent les deux tiers de leurs frappes, le soutien des Kurdes y est encore plus déterminant dans la perspective de la bataille de Mossoul.

John Barrot

 

 

Écrit par iejpedago