Tim Burton : carrière de rêve, univers de cauchemar

« Encore un nouveau Tim Burton? ». On croit déjà pouvoir entendre cette phrase devant les affiches  de « Big Eyes« , le nouveau bébé du réalisateur fantasque. Et à vrai dire, comment leur donner tort? Depuis quelques années, les films de Burton, s’ils ont rencontré un certain succès en salle, ont donné du grain à moudre aux crsq_big_eyesitiques. Pour les puristes et adeptes du « genre Burton« , si reconnaissable, le dernier film qui valait le coup d’oeil n’est autre que « Sweeney Todd Le Diabolique Barbier de Fleet Street », sorti en…2007! Depuis, l’âge d’or burtonien semble être entré en décadence, entre superproduction américaine ( « Alice au Pays des Merveilles » ) ou adaptation pâlotte de la série télévisée « Dark Shadows ». « Big Eyes », second biopic de Tim Burton ( après « Ed Wood » ), annonçait un retour en grâce : un scénario inspiré de faits réels et palpitants dans le milieu de l’art américain des années 60, un casting de haut vol mené par Christoph Waltz et Amy Adams, un univers étrange, celui de la peintre Margaret Keane, à porter à l’écran…

Las, le nouveau long métrage ne fait que survoler cette relation sulfureuse entre une artiste et son escroc d’époux sadique. On cherche avec peine à retrouver l’univers du réalisateur, son grain de folie et cette originalité si caractéristiques. Seuls le duo d’acteurs, d’une grande justesse, parvient à sauver l’honneur du film, qui somme toute apparaît un peu longuet… Dommage pour un réalisateur, véritable artiste, qui a su créé depuis les années 80 une foule de petits et même grands chef d’oeuvre sans prétention. Retour sur une vie et une carrière pour le moins originales.

 

Enfant précoce et déjà un peu étrange, Tim Burton se passionne très jeune pour le dessin, le cinéma, l’expression artistique en tous genres…mais déjà très sombre. A huit ans, le garçon se gave de films noirs et d’horreur de la Hammer Production, sous le regard de ses parents indifférents à cette culture peu adaptée à son âge. Un univers familial bancal, qui le poussera à quitter la maison à 12 ans pour vivre chez sa grand-mère qui lui offrira son émancipation à 16 ans. Du soir au matin, Burton griffonne sans relâches des croquis, des esquisses sortis tout droits d’un univers de rêves, ou plutôt de cauchemars!

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Repéré par des  chasseurs de talents, il obtient une bourse pour étudier à l’Institut d’Art de Californie. Une époque difficile pour le jeune homme qui ne supporte pas l’enseignement « militaire » de l’école et les directives qui brident sa créativité. Il parvient pourtant à se faire repérer par le studio Disney qui l’embauche comme dessinateur-animateur. Nouvelle dépression pour Tim Burton qui ne parvient pas à imposer ses idées ( assez étranges parfois! ) à la maison Mickey. En 1984, Burton claque la porte en emportant avec lui ses idées fantasques pour se réaliser seul!

Après un premier film où sa patte onirique se fait déjà sentir, Burton entre dans la cour des grands avec « Beetlejuice », une comédie macabre mise en musique par Danny Elfman, ce même compositeur qui ne quittera quasiment plus les génériques des futurs films. Humour noir, univers coloré, enfantin mais complexe, symbolisme et kitschitude assumée… Tous les éléments sont réunis pour faire de ce film le héraut de l’art burtonien. Le réalisateur enchaînera les succès avec des films au genres et interprétations très différents mais toujours signés. Sous sa caméra, « Batman » perd de sa grandiloquence pour redevenir un homme torturé, un monstre de foire tombe amoureux d’une blondinette innocente (« Edward aux mains d’argent »), un squelette dépité de vivre dans un monde d’horreurs perpétuelles décide de fêter Noël à sa manière (« L’Etrange Noël de Monsieur Jack »)… De nombreux films sont entrés dans l’imaginaire collectif, dans la culture générale d’une certaine génération. Qui ne se souvient pas du cavalier sans tête de « Sleepy Hollow » ou des buissons taillés en forme de licornes par Edward aux mains d’argent?

Si la force de Tim Burton réside dans son univers original et décalé, la force de ses films s’explique également par le casting de choix à chaque réalisation. Michael Keaton, Vincent Price, Winona Ryder… Autant de grands noms du cinéma, au tout début comme à l’apogée de leur carrière qui sont passés devant sa caméra. Mais Burton est également connu pour s’entourer d’acteurs fétiches qui le suivent de films en films, passant d’un rôle à son extrême. Une belle opportunité pour ces artistes de laisser libre cours à leur inventivité pour se réinventer chaque fois totalement. Les deux grands acteurs fétiches de Tim Burton sont assurément les plus connus du grand public : Johnny Depp et Helena Bonham Carter. Deux transformistes capables d’incarner des héros sombres et torturés comme des personnages risibles et clichés malgré eux.

Avec une carrière aussi riche et un univers aussi prolixe, quel dommage que les dernières réalisations de Tim Burton semblent céder à une certaine facilité de marketing, un style un peu plus « sage » et formaté. Les adeptes attendent déjà avec impatience le prochain délire du maître du genre, pour cette fois-ci pouvoir dire dans un grand sourire : « Encore un Tim Burton! »

Charlotte Pont

Écrit par Charlotte Pont