Syrie : black-out à Alep

Tandis que les forces de l’armée syrienne de Bachar El-Assad sont sur le point de reconquérir la totalité de la deuxième ville du pays, les témoignages glaçants s’enchaînent sur les réseaux sociaux. Les journalistes français, en contact direct avec des habitants d’Alep, n’ont plus de nouvelles.

C’est la pire épreuve pour le pays depuis le début de la guerre, en mars 2011. Les rebelles, acculés à Alep-est, sont sur le point de capituler. En récupérant cette zone, le régime contrôlerait les cinq principales cités de Syrie avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’affole des informations faisant état d’atrocités contre des civils. Sur place, un des rares reporters encore présent à Alep, le journaliste américain Bilal Abdul Kareem, a posté une vidéo dans laquelle il s’adresse aux pays musulmans qui n’ont pas aidé Alep : « Vous avez échoué. »

La petite fille de 7 ans, Bana, qui alimente un compte Twitter avec l’aide de sa maman, a également posté plusieurs messages dans la journée de lundi 12 décembre. Les premiers tweets commencent par les mots « Final message » (dernier message), puis, dans son dernier post, Bana écrit : « Mon père est blessé. Je pleure. »

« Remercier tous les humains qui ont défendu l’humanité »

L’horreur de la journée se poursuit à Alep et les témoignages des habitants sur place se font de plus en plus rares. Certains expriment leurs adieux, pensant vivre leur dernier instant de résistance : « Je tiens à remercier tous les humains qui ont défendu l’humanité dans notre cas, je ne vous oublierai jamais si nous passons de l’autre côté »

L’inquiétude gagne les journalistes français en contact quotidiennement avec des habitants des zones attaquées ces dernières semaines :

Plus de 10.000 civils supplémentaires ont quitté les zones rebelles ces dernières 24 heures, portant à 130.000 le nombre d’habitants ayant fui l’offensive, d’après l’OSDH ( Observatoire syrien des droits de l’Homme). En quatre semaines, l’opération militaire a coûté la vie à plus de 415 civils à Alep-Est. 

En France, beaucoup d’internautes expriment leur désarroi – et déplorent l’impuissance des forces internationales. A leur petite échelle, la délégation de parlementaires EELV (Europe Ecologie Les Verts) qui avait annoncé vouloir se rendre en Syrie ce lundi 12 décembre, s’est vue bloquée aux frontières turques. Patrick Mennucci, Hervé Mariton, Cécile Duflot et Jacques Boutault se déplaçaient afin d’obtenir une aide humanitaire à Alep.

Audrey Scoup

Écrit par iejpedago