Surveillance sur internet : les géants du net se révoltent contre Big Brother

BushValls

Les données internet de tous les Français sapprêtent à tomber entre les mains des services de renseignement. Aux Etats-Unis, cest déjà le cas depuis les attentats du 11-Septembre. Le point commun entre le « Patriot Act » américain et le projet de loi français sur le renseignement ? La fronde des acteurs du net, de plus en plus virulente.

« Cher Congrès, il est temps de réformer les lois sur la surveillance. » Les cadors du net américains montent au créneau face au gouvernement et aux mesures du « Patriot Act », qui pourrait être prolongé en juin. Dans une lettre ouverte, Google, Apple, Facebook Microsoft, etc., réunis sous la bannière Reform Government Surveillance, réclament la fin de la collecte de masse de données sur les internautes par la NSA. Ironie du calendrier, cette lettre sort au moment où le gouvernement français présente une réforme de ses services de renseignement, prévoyant une plus grande surveillance du web.

Si Manuel Valls et les siens promettent une récupération des données contrôlée, les associations de protection des droits sur internet sont inquiètes. Une inquiétude partagée, voir démultipliée, chez les acteurs du web français.

L’internet français en guerre contre les boîtes noires

« Le mécanisme de boites noires cherchent à mettre en œuvre une collecte systématique de l’ensemble des internautes, de l’ensemble des contenus qu’ils visitent ou qu’ils regardent. » C’est avec ces termes que l’Association des Services Internet Communautaires (ASIC) a critiqué ce nouveau projet de loi et l’installation de boîtes noires.

Ces boîtes noires seront installées directement chez les hébergeurs, notamment les fournisseurs d’accès internet. Elles scruteront tout le trafic internet pour détecter d’éventuels terroristes : un système qui s’inspire de la collecte massive des données par la NSA outre-atlantique et dénoncé par les membres de la Reform Government Surveillance. La petite sœur française, l’ASIC (qui regroupe Dailymotion, eBay, Deezer…) ne veut pas d’un mode de fonctionnement similaire.

« Les ministres assurent que ces boîtes noires surveilleront 3.000 personnes qui représentent aujourd’hui une menace pour la sécurité de lEtat » indique Giuseppe De Martino, secrétaire général de Dailymotion et directeur de publication de l’association. « Dès lors quun chiffre existe, cela signifie que ces personnes sont dores et déjà identifiées. En conséquence, le principe dune collecte massive de données de tous les internautes apparaît disproportionnée. »

La France s’expose à des sanctions… et a une perte d’attractivité

Pour les professionnels, cette surveillance de masse devrait alarmer l’Etat sur d’autres points sensibles. L’ASIC rappelle le droit fondamental des internautes à pouvoir contrôler leurs données comme ils le souhaitent : supprimer, modifier un contenu ou l’exporter vers d’autres plateformes.

« Le gouvernement ne doit pas s’affranchir des garde-fous déjà existants, les nouvelles mesures doivent être contrôlées par le CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) sinon elles risquent de se faire lourdement sanctionner au niveau Européen » poursuit l’association.

L’Hexagone risque également de devenir moins attirant pour les acteurs du numérique. L’ASIC demande donc l’abandon pur et simple du projet d’installation de boîte noire. « Des branches de métiers, comme les exploitants d’infrastructure (data centers etc.) vont tout faire pour éviter le pays, et la France poursuivra alors sa lente descente dans la récession numérique », conclut-elle.

Paul Harrer

Écrit par mecanique