Soldes : la grande Histoire des petits prix

-30%, -50%, voire -70%, les soldes démarrent ce mercredi 11 janvier. Pourtant, cette tradition des prix bas, renouvelées deux fois par an, est née il y a presque 200 ans. Retour en arrière historique.

Près de trois français sur quatre se précipitent dans les magasins au démarrage des prix barrés. La course aux bonnes affaires est souvent rude. Du moins l’était. Les soldes perdent désormais de leur attrait, notamment doublé par les ventes privées.

Pour Jean Claude Delorme, président de la Fédération Française des Associations de Commerçants (FFAC), « les ventes privées, autrefois appelées pré-soldes, ont toujours existé. Mais c’est vrai qu’elles ont un impact sur la durée des soldes. Et sur la durée de participation du consommateurs aux soldes. (…) C’est aussi pour ça qu’on a inventé la deuxième démarque, pour essayer de relancer quand ça s’essouffle un peu. »

Les soldes s’essoufflent ? Une logique peut-être normal après 200 ans d’existence.

En France, l’histoire des soldes remonte au XIXème siècle. Tout commence en 1830 avec Simon Mannoury. Un Normand monté à la capitale pour ouvrir le premier « magasin de nouveautés », baptisé « Le Petit Saint Thomas », premier grand magasin créé en France, qui deviendra le « Bon Marché ». Trente-cinq ans plus tard ouvre le « Printemps ». Le BHV n’ouvre qu’en 1904.

Affiche du magasin « Le Petit Saint Thomas » en période de soldes

Vendre plus, moins cher

Avec les grands magasins, un nouveau concept de vente apparaît. L’entrée est libre, les produits sont vendus à prix fixes et les principes de négociations pour les achats s’arrête. Il existe même la possibilité d’échanger des articles. C’est à la même époque qu’apparaît la réclame, que l’on appellera plus tard publicité.

Au Petit Saint Thomas, Simon Mannoury est vite confronté à un problème important : il est dépassé par les stocks qui s’accumulent et les invendus. Face à l’excédent, l’entrepreneur décide de vendre au rabais les stocks des années précédentes pour passer aux nouvelles collections. Le tout, sur une courte période : les soldes sont nées ! Les gens se pressent dans les magasins pour la course aux meilleurs prix.

« Avant, il y avait un seul moment pour faire des bonnes affaires, c’était les soldes. On avait rien d’autres malheureusement pour pouvoir dépenser moins et s’habiller bien », reconnaît Lucette, une octogénaire contactée par téléphone.

Encadrer les soldes

Très rapidement, la réglementation va faire son apparition pour encadrer ces destockages.

« Les soldes c’est aussi vieux que le commerce. C’est le cadre réglementaire qui régule ces périodes de soldes qui diffère selon les pays » note Philippe Maoti, professeur d’économie à la Sorbonne et co-président de l’Association « L’Observatoire Société et Consommation ».

La dénomination « solde » apparaît dans la loi en 1906. De premières réglementations stipulent par exemple l’obligation d’autorisation du maire ainsi que le devoir d’inventaire avant les périodes de soldes.

La notion de soldes est véritablement définie près de 130 ans après leur apparition. Le mot « solde » est masculin à l’origine, il signifie « coupon d’étoffe ». Plus tard, l’expression sera employée au pluriel. En 1962, les soldes sont définies comme « les ventes présentant un caractère réellement ou apparemment occasionnel, accompagnées ou précédées de publicité et annoncées comme tendant, par une baisse de prix, à l’écoulement accéléré de marchandises en stock ».

En 1996, le rythme des soldes est défini : deux fois six semaines par an. Changement en 2008 : passage à cinq semaines par an. Ce ne sont plus les maires de chaque ville qui fixe les dates, mais les préfets.

Douze ans plus tard, Nicolas Sarkozy, alors président, instaure les soldes flottants qui disparaîtront en 2014, signe d’un décroît d’intérêt pour la pratique.

Adrien Chaix

Écrit par Adrien Chaix