« Sites éternels », l’exposition qui met en lumière le patrimoine en danger

Le Grand Palais accueille une exposition sur le patrimoine culturel menacé de destruction au Moyen-Orient. Le but est d’impliquer le spectateur en l’immergeant au cœur de merveilles de l’Histoire en cours de destruction. Une expérience poignante.

La visite commence avec la vidéo de la destruction des grands Bouddhas de Bâmiyan en Afghanistan en 2001 par les talibans. C’était la première fois dans l’Histoire récente que l’Homme détruisait, volontairement, son propre patrimoine.

En entrant dans la grande salle, on se retrouve immergé au cœur de Palmyre en Syrie. La ville antique est reconstituée : des images de synthèse à 360° des vestiges sont projetés sur les grands murs de la salle. On s’y croirait vraiment. Sauf que tout cela n’existe plus. Lorsque Palmyre a été capturée par les djihadistes de Daech en mai 2015, ils ont détruit une grande partie du site : le temple de Bêl, vieux de 2000 ans, est entièrement rasé, il ne reste que les colonnes qui entouraient celui-ci.

L’armée syrienne a ensuite repris la ville de Palymre en mars 2016 avec l’appui de la Russie, qui a organisé un concert en grande pompe aux cœurs des vestiges de Palmyre, tout un symbole. Mais rien n’y fait : en décembre dernier, Palmyre retombe aux mains de Daech. Comble du calendrier : l’exposition au Grand Palais ouvre ses portes quelques jours plus tard. C’est François Hollande en personne qui a demandé à Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, d’organiser une exposition autour du thème du patrimoine en danger.

Des techniques de photogrammétrie complexes

Après Palmyre, place au Krak des Chevaliers, un gigantesque château fort édifié par les croisés au onzième siècle. A nouveau, on se croirait au cœur de la forteresse. Sauf qu’une fois encore, le Krak des Chevaliers de 2017 ne ressemble plus à ce qu’il était il y a quelques années. Depuis le début de la guerre en Syrie, le lieu est une place forte de la rébellion syrienne. Et le château est régulièrement bombardé par l’armée de Bachar el-Assad.

Dans la salle du fond, on découvre les coulisses de la fabrication de ces images de synthèse. C’est un architecte français, Yves Ubelmann, qui est à l’origine du projet. Passionné d’archéologie, il s’est senti obliger d’agir lorsqu‘il a appris que les monastères bouddhistes du IIIe siècle de Mes Aynak, en Afghanistan, risquaient la destruction. Il explique à RTL que « c’est en 2010, sur ce site, qu’on a testé pour la première fois les les drones et les techniques de photogrammétrie, ce qu’on appelle vision artificielle». Ces mêmes méthodes ont permis d’arriver à cette impressionnante reconstitution que l’on voit sur les murs du Grand Palais.

Au coeur de l’exposition (Mathieu Papion pour IEJ News)

Retour dans la grande salle pour deux derniers films. D’abord, la grande mosquée des Ommeyades à Damas, bâtie au XIIIe siècle, alors que la ville était la capitale de l’empire islamique. Enfin, le site de Khorsabad, en Irak : une forteresse assyrienne vieille de plus de 2700 ans, réduite en poussière par Daech en mars 2015. Là encore, l’émotion est grande : on se retrouve virtuellement au cœur d’un joyau de l’Histoire de l’humanité, qui a perduré pendant des millénaires, et qui a été détruit récemment.

En repassant le sas pour sortir de l’exposition, un texte d’Irina Bokova nous accompagne. Pour la directrice générale de l’Unesco, « la protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines. Il n’y a pas à choisir entre l’une ou l’autre. Quand la culture est en première ligne des crises, elle doit être en première ligne de la construction de la paix ».

Mathieu Papion

Écrit par Mathieu Papion