Quatre garçons dans le vent affirmant pour la première fois leurs différences

Le magazine Rolling Stone, l’avait désigné meilleur album de tous les temps. 50 années plus tard le Sergent Poivre n’a toujours pas pris une ride.

Dans Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, tout tient de la révolution. De la pochette à la méthode de travail approchée par le FabFour en passant par les aspirations et ambitions placées dans l’album par le groupe de la Mersey. Considéré comme le premier album pop concept de l’histoire.

Cet album marque une rupture dans la carrière du quatuor. Pour la première fois ils n’apparaissent plus comme un simple groupe. L’envie de couper avec leur image de gentils garçons et l’imagination des artistes permet d’enterrer symboliquement leur ancien style. De quatre garçons aux mêmes coupes et aux tenues vestimentaires identiques on passe à la révélation de quatre personnalités bien distinctes.

Paul McCartney est celui qui a imaginé le titre de l’album:

C’est une idée que j’ai eue, je pense, lors d’un vol entre Los Angeles et quelque part. Je me suis dit que ce serait bien de perdre notre identité, de nous plonger dans le rôle d’un faux groupe. On y fabriquerait toute la culture autour et on rassemblerait tous nos héros en un seul endroit. J’ai donc pensé qu’un bon nom à consonance stupide du style de « Dr. Hook & the Medicine Show » (un groupe de l’époque) serait « Sgt. Pepper Lonely Hearts Club Band ». 

Il poursuit:

Nous en avions assez d’être les Beatles. Nous haïssions vraiment cette approche de putain de 4 petits graçons gentillets. Nous n’étions pas des garçons, nous étions des hommes. C’était fini, tout ce truc de « garçons », tout ce racolage, nous n’en voulions plus. Nous nous voyions alors comme des artistes plutôt que de simples interprètes. Et puis soudain j’ai eu cette idée dans l’avion. Je me suis dit, « ne soyons pas nous-mêmes. Développons des alter-egos de sorte qu’on n’ait pas à projeter une image qu’on connaît. Ce serait tellement plus libre. »


Le processus d’enregistrement a été très long : 129 jours, 700 heures de sessions, étalées sur près de 5 mois (de décembre 1966 à avril 1967), de nombreuses prises : 15 pour « Gettin’ better », jusqu’à 26 pour « Strawberry fields forever ».
Les chansons bénéficient d’arrangements soignés et complexes avec des orchestrations classiques signées George Martin – aka le cinquième Beatles – inédites dans un disque de rock à l’époque. Mais c’est aussi l’occasion pour John, Paul, George et Ringo de tester tout ce qui leur tombe sous la main et de révolutionner les techniques d’enregistrement et de mixage : de la compression plus qu’il n’en faut par ci, des voix saturées par-là, des collages sonores, et même des ultrasons à la fin du disque seulement audible par la race canine. Pour la première fois les instruments classiques comme la guitare ou la basse sont abandonnés aux profits d’instruments plus exotiques. Dans Within You Without You, George Harrison utilise par exemple le sitar qu’il a appris a utilisé lors de son voyage en Inde.

La musique est faite d’inspiration. Les artistes allant puiser chez leurs aînés. Le huitième album des Beatles ne déroge pas à la règle et a servi de référence à des centaines d’artistes. Mais la musique n’est pas le seul domaine dans lequel l’illustre album a été repris. Organiser la rencontre entre l’album Sgt. Pepper’s et un autre succès de la culture populaire, c’est une idée qui est devenue un film en 1978. Le long-métrage s’intitule Sgt. Pepper’s Lonely Hearts ClubBand. À l’affiche, on trouve les Bee Gees qui reprennent des morceaux de l’album des Beatles. Avec leurs voix de dauphins, ils assurent par exemple les chœurs de Good Morning Good Morning. Les Beatles sont alors revus à la sauce disco mais le projet est un navet.

Heureusement, cette même année 1978, paraît un faux documentaire, réalisé par deux génies de l’humour anglais. Deux gars issus du collectif des Monty Python : EricIdle et le musicien Neil Innes. Il y est question d’un groupe fictif qui s’appelle The Rutles, parodie des Beatles.

Matthias ALMAGRO

Écrit par Matthias Almagro