Sécurité routière : des chiffres contrastés en 2016

L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière a révélé les chiffres de novembre et ils sont encourageants : depuis un an, moins de morts sur les routes. Pour autant, d’autres données méritent d’attirer notre attention, notamment l’augmentation du nombre de cyclistes et de piétons tués. Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention Routière, réagit à ce rapport.

Par rapport à l’année passée, on constate en 2016 une baisse de 0,5% du nombre de morts sur les routes, soit 17 personnes tuées en moins. Comment interpréter ces résultats ?

Anne Lavaud : Rappelons d’abord que ces chiffres concernent les onze premiers mois de l’année 2016 (de janvier à novembre), que l’on compare aux onze premiers mois de 2015.

Trop souvent, les médias s’intéressent en priorité au nombre de morts sur les routes pendant cette période, mais il n’est pas pour autant vraiment représentatif. Par exemple, on a constaté cette année une augmentation de 0,8% du nombre d’accidents et aussi du nombre de personnes blessées et hospitalisées suite à ces accidents. Cela traduit le fait qu’aujourd’hui, on a de plus en plus d’accidents graves. D’autres aspects sont donc à prendre en compte.

On découvre également dans ce rapport que le nombre de piétons et de cyclistes tués sur les routes est en augmentation. D’après vous, la prévention routière s’intéresse-t-elle suffisamment à ces usagers de la route ?

A.L : Tout d’abord, il y a une chose à savoir : quand on regarde les chiffres on réalise que bien souvent, les hausses du taux de mortalité sont à rechercher du côté des populations les plus vulnérables. J’entends par là les piétons et les cyclistes, mais aussi les seniors. Ce sont eux qui portent le plus lourd tribu. Si l’on prend uniquement la courbe de mortalité des piétons, elle est considérable avec une tendance très fortement haussière. C’est d’ailleurs souvent en milieu urbain ou péri-urbain qu’ont lieu la plupart des accidents piétons/automobilistes. Quant aux cyclistes, le problème est plus souvent leur comportement et leur sentiment d’impunité.

Mais pour autant, les associations de prévention routière ne laissent pas de côté ces catégories de la population. Nous sensibilisons par exemple plus d’un million d’enfants par an, de la maternelle au lycée. Les bénévoles vont sur le terrain, dans les écoles, pour diffuser des messages ou mettre en oeuvre des actions. Pareil avec les personnes âgées : des actions sont également menées dans les maisons de retraite. Ce type de prévention de terrain et d’échanges est bien sûr moins visible que les grandes campagnes nationales diffusées sur les écrans et à la radio, mais elle est pourtant bien présente et nécessaire.

En terme de prévention, qu’en est-il du mois de décembre ? N’est-ce pas une des périodes les plus accidentogènes avec la mauvaise météo et les fêtes qui approchent ?

 A.L : Tous les mois de décembre des années précédentes démontrent qu’il n’y a pas forcément une corrélation entre ce mois et une augmentation de la mortalité, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Globalement, on a une augmentation très légère du nombre de tués par rapport à novembre. Mais il est vrai que c’est un mois où toutes les associations communiquent et sensibilisent énormément, par des campagnes dans les médias mais aussi sur place. Ce week-end, nous avons organisé des distributions d’éthylotests dans les marchés de Noël, par exemple. Nous sommes à deux semaines des fêtes et c’est l’occasion de rappeler qu’il est temps de penser à un moyen de revenir sain et sauf à la maison après une soirée.

Nous n’avons pas de discours moral, nous ne leur disons pas de ne pas boire ou de boire tant de verres. On leur rappelle juste qu’il faut aménager son retour à la maison et qu’il existe d’autres moyens que la voiture : prendre un taxi, les transports en commun, dormir sur place…

Le deuxième temps fort de décembre se fera à partir du 29. Nous organiserons une importante conférence de presse pour présenter un grand plan médias et diffuser de larges campagnes à l’occasion du réveillon de la St Sylvestre. Ce gros battage médiatique servira à rappeler que c’est une journée particulièrement importante en terme de sécurité routière. En résumé, le mois de décembre est surtout pour nous un mois d’action et de sensibilisation.

Léa Cardin

Écrit par iejpedago