« Sausage party » devant la justice

Scènes sexuellement explicites, présence de drogues dures, protagoniste en forme de poire vaginale, dialogues outranciers… Ce mardi 13 décembre, le tribunal administratif de Paris se penchait sur le film d’animation « Sausage Party ». Deux associations conservatrices ont déposé un recours pour demander la suspension du visa d’exploitation. Reportage.

« C’est une entreprise délibérée de corruption des mineurs ! La bande-annonce n’est pas représentative du contenu. Toute la trame du film dit qu’il faut se libérer des entraves (…) pour ‘jouir’ de la vie avec une séquence partouze pour terminer le film. On trompe les gens, c’est une façon de toucher les plus jeunes à l’encontre des parents ! » Il n’est que 10h, ce mardi 13 décembre, et le ton est donné dans la salle d’audience n°3 du tribunal administratif de Paris. La juridiction examine ce jour-là le recours déposé par deux associations conservatrices qui réclament la suspension du visa d’exploitation du film d’animation « Sausage Party. »

Il y a « urgence », selon Me André Bonnet, l’avocat de Promouvoir (association qui, par le passé, s’est déjà attaquée à « La Vie d’Adèle », « Antichrist » ou encore « Baise-moi »), car le film « est déjà visible en salles et susceptible de créer un trouble chez le jeune public ».

En face, Me Molinié, qui représente le ministère de la Culture et de la communication, réplique : « L’un des buts du film est de critiquer sur un mode humoristique la société de consommation, la religion aussi en prend pour son grade, mais il ne s’agit pas d’inciter à la violence. » « Il n’y a pas de représentation de sexe, poursuit-il, juste une activité sexuelle. (…) Ce sont des légumes, tout ce qui est montré n’est pas réaliste. »

« Que peut-on reprocher à des légumes ? », ironise Me Bonnet. Mais « vous aurez très vite des films d’animation avec des scènes pornographiques ».

« Aucune image n’est neutre »

Le film réalisé par Greg Tiernan et Conrad Vernon est présenté comme « la première comédie d’animation pour adultes à l’humour particulièrement osé ». Il raconte la vie intime d’une saucisse et, dans le rôle du méchant, on retrouve une poire à lavement vaginale. Scènes de fellation, de sodomisation et paquets de de corn-flakes libidineux… L’œuvre d’animation est « seulement » interdite aux moins de 12 ans en France (et aux mineurs aux Etats-Unis). Ce dessin animé prend le ton, les expressions de visage, les intonations de Pixar… On a l’impression de regarder « Cars » ou « Toys Story ».

Pour Me Le Gouvello, représentant de l’association Juristes pour l’enfance, le fait qu’il s’agisse de dessins n’est pas un argument de défense valable : « L’enfant va se projeter et faire le parallèle avec sa propre vie. Aucune image n’est neutre, les dessins ne le sont pas. Le but est d’humaniser tous ces légumes donc il y a une projection possible et un impact direct dans la vie de l’enfant. »

« Il est établi dans notre loi que le droit à l’activité sexuelle des mineurs n’est pas autorisé alors comment leur montrer de tels actes au cinéma ?  Où est la cohérence ?, ajoute l’avocat. Dans ce film, il y a un viol, on montre ça sous un jour très rigolo, on tente de relativiser. »

Me Bonnet en est certain, ce film est « un test, il s’agit ensuite de pouvoir faire passer 20 minutes de séquences pornographiques entre personnages d’animation et de le présenter à l’ensemble des enfants dès l’âge de 12 ans. »

Le tribunal administratif de Paris décidera-t-il de suspendre le visa d’exploitation de « Sausage Party » ? Réponse le 14 décembre à 12h.

ML

Écrit par iejpedago

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