Sarah Daniel-Hamizi : La Barbière de Paris

Première femme barbière de France, Sarah Daniel-Hamizi s’est imposée depuis 20 ans dans un milieu quasiment masculin. Elle ne se contente pas de s’occuper de ses clients, elle souhaite maintenant former les générations futures.

La shavette à la main, Sarah, concentrée, se consacre à ce qu’elle affectionne le plus : entretenir la barbe de son client. Une touche de rouge à lèvres embellit son teint tandis que ses mains s’activent sur la barbe imposante de l’habitué. La première barbière parisienne travaille dans un salon privé aux murs dorés, petit cocon dans un espace de 200m carrés où ses employés s’occupent des autres clients. Sa robe noir vacille au rythme de ses pas, de ses gestes gracieux. Un sourire vient se dessiner sur son visage. Sarah vit sa passion au quotidien depuis 40 ans et s’apprête à lui donner un nouveau souffle. « Mon grand père un jour m’a demandé de l’accompagner chez le barbier. C’est comme ça que j’ai découvert le rituel du rasage. J’ai adoré. Le parfum, la gestuelle, le bruit, tout ça était passionnant pour une enfant de 6 ans. Depuis ce jour, je n’ai jamais renoncé à devenir barbière. »  

View this post on Instagram

Merci Ramzy pour la visite 😉

A post shared by La Barbière De Paris (@labarbieredeparis) on

Une barbière innovante

La parisienne originaire d’Algérie ouvre son premier salon dans la capitale en 2000, rue Bertin Poirée. « La Barbière de Paris »,  c’est avant tout son histoire. Formée par deux barbiers professionnels, Jean-Louis Bourrasseau et Ozcan Turack, elle cherche constamment à innover. Difficile de se faire une place dans un métier quasiment exclusivement masculin. « C’est un métier qui n’a pas été enseigné depuis 30 ans. Raser pour raser ou tailler pour tailler c’est à la portée de tous. Se démarquer, c’est proposer l’excellence mais surtout l’innovation. » Pour être barbier, il faut avant tout être coiffeur pour homme spécialisé, pourtant Sarah a su s’imposer. Son objectif principal a été de réunir la beauté masculine dans un lieu unique. Depuis, elle a fait du chemin. « Barbes et Moustaches comment les tailler au poil ! » son livre vendu depuis 2013 ajoute une flèche à son arc. Sarah prend un soin particulier à adapter son savoir-faire aux demandes de chacun. La confiance prime entre le client et la barbière. « En fonction de la largeur des maxillaires, si le poil est frisé ou raide on ne traite pas de la même manière les demandes. On peut être orienté vers un style, hipster ou une moustache à la française, une barbe de 3 jours, il y a des styles, mais ce n’est pas une question de phénomène de mode » explique-t-elle de sa voix rauque. Perfectionniste, Sarah n’emploie que des personnes qu’elle a formé elle-même personnellement.

Salon de la rue Bertin Poirée

2018 en ligne de mire

Sarah Daniel-Hamizi fait très attention à la nouvelle génération de barbiers et a déjà dispensé des cours à l’IFPM (Institut de Formation et de Perfectionnements aux Métiers) de Nanterre Ville. Elle déplore l’absence d’une véritable formation de barbiers et les lacunes qui en découlent « Il ne faut pas oublier que l’on pratique quand même un métier qui peut être très dangereux puisque on a un couteau dans la main ». Pour contrer les « pseudo-formations » qu’elle considère plutôt comme de l’initiation, elle projette de créer sa propre académie. « Je me bats avec la Chambre des métiers et ses représentants pour les convaincre de la nécessité de restaurer le diplôme de barbier qui doit être au minimum sur une année ».  

2018 sera, elle l’espère, l’année de l’ouverture de son premier salon à l’étranger. Une ambition née de ses voyages. « J’ai passé un peu de temps avec mes confrères de l’autre côté de l’Atlantique et il y a de mon point de vue manque de subtilité, d’excellence, de délicatesse dans la manière d’aborder une sculpture de barbe aux Etats-Unis (…) J’ai réalisé qu’il y a une place à prendre ». Mais la barbière de Paris ne souhaite pas seulement exporter son savoir-faire, elle veut le faire reconnaître. « J’ai un objectif, c’est d’amener ma profession au rang d’art et qu’elle intègre les métiers de l’artisanat ». Sarah souhaite rendre toute sa noblesse à un métier ancestral qui n’a pas été sérieusement enseigné depuis 30 ans, à coups de revisite et innovation.

Laura Champion, Arsène Vassy et Karolina Rozwadowski

Écrit par IEJ3DWEB