Sans viande et sans reproche

Végé, vegans et autres régimes sans gluten : à l’approche des fêtes, ces modes de vie peuvent s’avérer de véritables calvaires. Et les industriels  l’ont bien compris. Entre bûches sans gluten, alternatives au foie gras et délicieux plats traditionnels de Noël, les grands groupes et les bloggers regorgent d’inventivité pour surfer sur le juteux business des restrictions alimentaires.

Cette année, Noël, c’est chez Carole ! Cette trentenaire vegan épanouie reçoit famille et amis pour célébrer la nativité. Et son mode de vie contraignant, qui l’empêche de manger tout produit issu d’animaux ou de leur exploitation, ne sera pas un frein aux festivités, au contraire : « Je vais faire découvrir à mes convives des petits plats généreux qui leur permettront d’envisager le veganisme de manière fun et conviviale. Il y a quelques années, j’aurais fait deux menus – un vegan et l’autre non. Mais comme c’est devenu plus répandu, c’est de plus en plus simple de trouver des alternatives dans le commerce. »

On considère qu’en France, 3% de la population observe une restriction alimentaire, qu’elle soit totale (vegan) ou partielle (végétariens, sans gluten). Les Français ont consommé en 2015 90kg de viande par an et ce chiffre ne cesse de diminuer. En 2005, ils en mangeaient 100kg… Phénomène de mode ou réelle conviction, les industriels ne se posent pas la question et tentent de contenter au mieux ces nouveaux gourmets 100% végé. Faux gras (foie gras 100% végétal), caviar d’aubergine, rôti forestier – garanti sans rôti : peu à peu, les couloirs dédiés des grandes surfaces se remplissent. « Sans gluten », « steak de tofu », les rayons sont dévalisés et les boutiques vegans poussent comme des champignons : « C’est fou le nombre de conseils gastronomiques qu’on nous demande, explique Thomas, gérant d’une boutique parisienne végétarienne. D’ailleurs, à l’approche des fêtes, la fréquentation de la boutique s’accroit ! » Et pourtant, ce type de régime est coûteux : il faut compter en moyenne 4 euros pour un paquet de pâtes spécifiques contre environ 1,20 pour un sachet traditionnel. « Aujourd’hui, les gens sont prêts à dépenser plus pour manger sainement », assure Thomas.

Quand le moine s’en mêle

Le business vegan n’est pas uniquement dans les assiettes. Côté librairie, le sujet est très tendance. Parmi les best-sellers du moment, « Noël vegan », un livre de Marie Laforêt qui contient 30 recettes festives illustrées. Tout y passe : les entrées, les desserts, les amuse-bouches, les plats ainsi que les cocktails. Les réveillons de Noël et du Nouvel An pourront même ressembler à des fêtes traditionnelles d’autres types comme la Suède, l’Espagne, la Suisse ou même la Nouvelle-Zélande. Sur Internet, les blogs pullulent. »Vegan Freestyle« , par exemple, tenu par deux femmes qui font découvrir à tous leurs internautes les recettes, conseils, et nouvelles saveurs de la cuisine végétale. Le site est actif depuis le début de l’année 2016 et il est relié à tous les réseaux sociaux. Pour les fêtes, de nombreuses recettes sont proposées – sucrées et salées – afin de faire découvrir à ses convives le style vegan. Pauline, elle, a carrément consacré son compte instagram à son régime alimentaire. « Mon but est de montrer que l’époque du végé qui mange de l’herbe crue est révolue et qu’aujourd’hui, on dispose d’un large choix de produit pour compenser, explique-t-elle. Ça intéresse les gens, ils « like », commentent et je suis contente. »

Même Matthieu Ricard cède à la mode vegan. Le moine bouddhiste s’est associé à la pâtisserie Hugo & Victor pour créer une bûche de Noël unique. Son objectif ? Sensibiliser à la cause animale tout en perpétuant la magie des fêtes. Grâce à ce biscuit au sésame blond caramélisé, accompagné de mangue cuite façon Tatin aux épices (vendu tout de même 77 euros), les gourmands pourront se régaler. Tout en ayant la conscience tranquille.

Gabrielle Devosse et Maureen Jean-Baptiste

Écrit par iejpedago