« Sans peur et sans reproche »

La directrice du FMI (Fonds Monétaire international) Christine Lagarde est jugée à partir du lundi 12 décembre. L’ancienne ministre de l’économie et des finances doit comparaître, pendant sept jours, devant la Cour de justice de la République, pour « négligences » dans la gestion de l’arbitrage entre Bernard Tapie et le crédit Lyonnais. Portrait.

Elle se présente confiante devant ses juges. « La négligence est un délit non intentionnel. Je pense que j’ai essayé de faire au mieux mon travail, dans la limite de ce que je savais (…) Je suis confiante et déterminé.«  En 2007, elle avait opté pour le choix d’un arbitrage privé dans le conflit entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, sur la revente en 1994 de l’équipement sportif Adidas. Une procédure qui avait permis a l’homme d’affaire d’empocher 404 millions d’argent public. Christine Lagarde risque jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.  

Née le 1er janvier 1956 à Paris, Christine Lagarde, née Lallouette, aurait pu suivre la carrière de ses parents enseignants. Mais c’était sans compter son esprit de compétition et son éloquence. Aujourd’hui sixième sur la liste des femmes les plus influentes du monde (établie par Forbes magazine), l’ancienne avocate pour le prestigieux cabinet américain Baker and McKenzie a fait du chemin. En 2005, l’actuelle présidente du FMI fait son entrée sur la scène politique. Déléguée au commerce extérieur sous Jacques Chirac, c’est sous Nicolas Sarkozy et au sein du gouvernement Fillon que les Français font sa connaissance. Après un mois bref (mais intense) au ministère de l’agriculture et de la pêche en 2007, elle devient, la première femme, ministre de l’économie et des finances jusqu’en 2011.

CV exemplaire

Après la sombre affaire du Sofitel et la démission de Dominique Strauss-Kahn, voilà Christine Lagarde propulsée à la tête du FMI. Encore une fois, Christine Lagarde marque l’histoire dans un monde de testostérone. En avril 2012, elle est élevée au rang d’Officier de la Légion d’honneur. Réélue en février, Christine Lagarde, 60 ans, a entamé son deuxième mandat en juillet dernier, s’imposant dans le club très fermé des leaders économiques mondiaux, tout en préservant l’image d’une dirigeante insondable. Une ascension météorique, et un atterrissage forcé. Un CV exemplaire qui pourrait être terni par une condamnation dans l’affaire Tapie et pourrait compliquer son mandat à la tête du FMI. Mais sur ce dossier brûlant son franc-parler et sa force de caractère seront sûrement de précieux alliés.

D’autres ministres devant la justice.

Depuis la création de la cour, 39 dossiers ont été portés auprès de la Commission d’instruction. Quatre affaires ont été traitées par les quinze juges de la Cour de justice de la République :

– En 1999, l’affaire du sang contaminé, impliquant l’ancien premier ministre Laurent Fabius et l’ex-ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix qui sont relaxés. L’ancien secrétaire d’État à la Santé Edmond Hervé est reconnu coupable. Il sera dispensé de peine.

– En mai 2000, Ségolène Royal, ministre déléguée à l’Enseignement scolaire, est relaxée dans un procès en diffamation. Accusée par des enseignants d’avoir favorisé le bizutage, elle sera relaxée.

– En juillet 2004, Michel Gillibert, secrétaire d’Etat aux Handicapés de 1988 à 1993, est reconnu coupable d’avoir détourné 1,3 million d’euros sous forme de subventions à cinq associations fictives. Il est condamné à trois ans d’emprisonnement avec sursis et cinq années d’inéligibilité. 

– Au printemps 2010, l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua est condamné à un an de prison avec sursis dans une affaire de malversations. Il est relaxé dans deux autres dossiers. La Cour de cassation confirmera cette condamnation en août.

Gabrielle Devosse

Écrit par iejpedago