« Salafiste », un film à conséquences ?

Alors qu’on l’attendait en salles aujourd’hui, la sortie du film du journaliste Lemine Ould Salem est suspendu à la décision de la Ministre de la Culture. Elle doit décider aujourd’hui si le film sera censuré ou pas. 

Propagande pour certains, documentaire pour d’autres, le dernier film de François Margolin et du journaliste mauritanien Lemine Ould Salem à eu l’effet d’un coup de tonerre dans le monde audiovisuel. Tourné au Moyen-Orient et en Afrique du nord pendant près de 3 ans, le film donne la parole à des Musulmans salafistes et à des combattants du Djihad. Tourné comme un documentaire, composé principalement d’interview et d’images ultraviolentes, il montre la réalité pure et dure de l’islam rigouriste et de l’application de la charia, le tout sans aucune narration.

Flagellation d’adolescents, mises à mort publiques, amputations pour vol, exécution du policier par les frères Kouachi, le film joue sur un fil. Son premier but : dénoncer la violence infligée dans certains pays, et comprendre ce qui pousse des jeunes à partir mourrir pour une cause qu’ils ne comprennent pas. Mais pourtant la réalisation brute fait douter sur sa véritable capacité informative, et finit par ressembler contre son gré à ce qu’il veut pourtant combattre ; la propagande islamiste.

«Nous avons failli mourir pour ces images, et nous nous retrouvons en position d’accusés»

Le 19 janvier dernier la commission de classification des visas d’exploitation avait défini une limite d’âge de 18 ans, estimant que certaines images pouvaient être considérées comme apologie du terrorisme. Après suppression de certaines scènes, le film a été visionné une seconde fois hier soir par la commission, qui a envoyé son rapport à Fleur Pellerin, dont la réponse est attendue dans la journée.

Le réalisateur qui a risqué sa vie pour ces images dénonce une « censure honteuse ». Il estime que si l’interdiction pour les moins de 18 ans est maintenue, « c’est la mort du film ». La question pèse maintenant sur comment le film sera interprété en salle et surtout par les plus jeunes.

Léo Arthuys    

Écrit par Leo Arthuys