Rire des minorités : stratégie de buzz pour les médias

Ce mercredi s’est tenue une conférence de presse organisée par l’Association des journalistes LGBT (AJL) au sujet des traitements des minorités au sein des talk-shows français. Les membres du groupe dénoncent un nouvel outil pour attirer plus de téléspectateurs.

Rire de la différence d’autrui, c’est la stratégie des chaines de télévisions françaises pour battre la concurrence, l’Association des journalistes LGBT. Une enquête dont les résultats ont été publiés ce mercredi révèle qu’il y aurait en moyenne une séquence discriminatoire par émission. Un chiffre alarmant qui prouve qu’il y a un réel problème au sein des talks-shows en France.

Les résultats de cette étude soulignent qu’il existe plusieurs « tendances de discrimination » récurrentes sous forme de blagues : l’homophobie, la transphobie, le sexisme et le racisme. Par exemple, en novembre dernier, un des présentateurs de C8, Thierry Ardisson avait interrogé son invitée Cristina Cordula : « Vous êtes brésilienne. Vous allez donc pouvoir répondre à la question qu’on se pose tous au sujet des Brésiliennes : est-ce qu’il faut dire Monsieur ou Madame ? ». La vidéo de cet échange a fait plus de 46 000 vues sur Youtube. « C’est un moyen pour les chaînes de faire le buzz », dénonce Alice Coffin, porte-parole de l’association.

Une indifférence complice

Pendant un mois les journalistes d’AJL ont procédé à des veilles de différentes émissions du PAF afin de déceler ces mauvais comportements. « On a passé au crible cinquante émissions mais on a sélectionné celles qui pour nous sont les plus populaires et influentes », explique Clément Giuliano, co-président de l’association. Ainsi, « Quotidien », « On n’est pas couché », « Salut les Terriens », « l’Heure des pros », et « C Politique » comportent plus d’une cinquantaine de séquences à caractère LGBTphobe ou raciste. L’AJL pointe plus particulièrement du doigt « l’attitude ambiguë » des présentateurs lors de ces dérapages. « Souvent, ils ne tiennent pas directement des propos discriminants mais ne les dénoncent pas non plus », souligne Alice Coffin.

A la lumière de ces observations, l’association a décidé de solliciter le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) afin d’entamer une réflexion sur la lutte contre les dérives discriminatoires à la télévision. « On est avant tout des journalistes, et notre travail est celui d’informer », rappelle la porte-parole de l’AJL. Mais jusqu’où vont les limites de la subjectivité et de la liberté d’expression?

Loanne Jeunet et Ilaria Congiu

Écrit par IEJ3A