Retour vers le réel

Et si on allait à contre sens ? Finies les années d’égarements sur la toile et les discussions par webcam. Le site numéro 1 de rencontres en ligne, Meetic, brise la solitude de ses utilisateurs et leur organise une soirée.

 

15 millions de Français célibataires et près d’un sur cinq inscrit sur un site de rencontre. Meetic, pionnier dans l’univers des sites de rencontres, a vu ses abonnements baisser avec la concurrence. La marque a décidé de se démarquer, dans sa dernière campagne de pub, en repassant au réel. En plus des soirées, elle propose des cours de cuisine ou des sorties culturelles. Avec cette palette d’événements, l’objectif est clair, recruter de nouveaux adhérents. Et pour les récalcitrants des rencontres en lignes, Meetic tente de séduire ses futurs adhérents autour d’un verre. Pour la Saint-Valentin, le site avait organisé un marathon d’événements et enregistré un pic de plus de 25% d’inscriptions. Nous avons rencontré Chloé qui participe pour la première fois à l’évènement.

 

19 h : De l’écran à la réalité, il n’y a qu’un pas. Chloé, 27 ans, hésite encore devant l’entrée du Café Beaubourg, dans le 4ème arrondissement de Paris. Il accueille les adeptes des rencontres en ligne le temps d’une soirée célibataire.

« C’est ma première fois, je ne suis pas très à l’aise. Sans trop réfléchir, j’ai accepté d’aller à la soirée sur un coup de tête. Mais j’aurai peut-être dû demander à des copines de m’accompagner ».

Les règles du jeu sont simples : une carte rose pour les filles et une noire pour les garçons. Chloé a 30 minutes pour se faire inviter à boire un verre ou l’inverse. Mais entre les « ça va pas être possible », les Tanguy ou les acnéiques trentenaires, où sont passés les filtres, comprenez les critères de sélection ? L’accroche du site, c’est « vous allez préférer la réalité ». Pas si sûr… « J’ai l’impression que la soirée est millimétrée, ils (nldr: les organisateurs Meetic) ne laissent pas la place à la spontanéité, c’est dommage. »


19h30 : Chloé se balade entre les tables mais aucune invitation. Elle a perdu : les 30 minutes sont passées, les prochains verres seront payants. « On dirait une compétition, c’est à celui qui invitera le plus de personnes pour avoir son verre gratuit ! » Et puis, elle se retrouve confrontée à un problème : la plupart des personnes sont venues accompagnées. Entre amis, la timidité, la gêne et l’inhibition s’évaporent, la chasse est plus simple. Mais pas pour tout le monde.

Carte rose distribuée aux filles à l'entrée.

Carte rose distribuée aux filles à l’entrée.

 

20h : Plus qu’une heure avant la fin de la soirée, pour la majorité (une quinzaine de Meetic boy/girl) l’ambiance décolle enfin. Mais pour Chloé, le retour vers le réel semble plus compliqué. Elle a trouvé ses parades:

  1. Tenir le comptoir (mais pas trop longtemps, sinon ça fait alcoolo)
  2. Simuler une conversation téléphonique (pour une soirée « face to face », bien essayé)
  3. Faire des allers-retours aux toilettes pour vérifier son make-up (encore faut-il se faire brancher)

 

« J’avoue que je commence à regretter ma venue. Au moins derrière mon ordi, je suis seule mais personne ne le voit. Ici, je me demande à quoi je sers, je ne sais pas comment réagir et surtout j’ai l’impression d’être constamment observée, limite analysée ». 

 

 

20h30 : Enfin l’élu ! Il lui a fallu du temps et quelques verres pour oser l’approcher. Le classique lâché de cheveux et la bouche en cœur suffiront à séduire Antoine. Quant à Chloé, elle retrouve le plaisir de se faire séduire, de rire, d’échanger des regards. Un contact humain qu’un écran ne pourra jamais remplacer.

 

« C’est sûr, je ne regrette plus d’être venue ! Approcher quelqu’un en vrai, c’est beaucoup plus compliqué mais le résultat est dix fois plus satisfaisant. Là je peux le toucher, le sentir, le regarder pour de vrai. »

 

21h : Bilan de la soirée. Du stress, de l’attente et des pas hésitants. Mais la récompense est là : le numéro d’Antoine avec la promesse d’un rendez-vous dans la semaine.

 

Sur Internet, Chloé n’aurait même pas regardé le profil d’Antoine : trop strict. En face, la discussion entamée, les barrières tombent et les affinités se créent. Impossible de tricher, de se cacher derrière une image, le feeling passe ou casse ! Et pour tous les déçus de la soirée, c’était aussi l’occasion de laisser son écran en veille et de mettre un pied dehors.

 

« Il faut oser, vraiment, ça vaut le coup ! Draguer derrière un écran c’est sympa, ça occupe, fait passer les soirées mais la solitude reste. Le soir on se couche seule, le matin personne avec qui prendre son café, raconter sa journée. Si avec Antoine ça ne marche pas, c’est pas grave, ça m’aura appris à ne plus me cacher chez moi. »

 

Janine Vergé, psychologue clinicienne, réagit aux sites de rencontre :

 

 Chemsi Jellal

 

 

 

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Écrit par loly