Résultats du référendum turc : une nette division géographique

Les turcs ont approuvé à 51,4 % la réforme constitutionnelle proposée par le président Recep Tayyip Erdogan lors du référendum organisé dimanche 16 avril. Arrachée de justesse, la victoire du « oui » est ternie par la nette division géographique que révèle le scrutin : les grandes métropoles turques ont massivement rejeté le projet d’Erdogan.

Une victoire en demi-teinte. Si le « oui » l’a emporté à 51,4%, l’issue du référendum est bien loin du plébiscite espéré par le président turc. Ce succès étriqué est toutefois suffisant pour Recep Tayyip Erdogan, qui élargit ainsi considérablement ses pouvoirs et pourra cumuler les fonctions de chef d’État, chef des armées, chef du gouvernement et chef de l’AKP, son parti islamo-conservateur.

Une Turquie coupée en deux 

Outre ce faible score, la carte des résultats démontre de profondes disparités régionales : les trois plus grandes villes turques – Istanbul, Ankara et Izmir – ont rejeté le projet d’Erdogan. Si le « non » l’a emporté de peu dans la capitale Ankara ainsi qu’à Istanbul, la ville d’Izmir a massivement fait barrage à la réforme (68,8% des votes).

Dans l’ensemble, les régions côtières se sont également prononcées contre l’extension des pouvoirs présidentiels. À l’inverse, l’Anatolie Centrale (centre traditionaliste de la Turquie et bastion d’Erdogan) a fortement soutenu la réforme.

Les régions à majorité kurde du Sud-Est se sont elles aussi opposées à  l’accroissement des prérogatives du chef de l’État. La capitale kurde Diyarbakir a voté « non » à 68%, et les villes de Şirnak et Tuncelitouchées de plein fouet par la répression turque contre le PKK – à respectivement 71,5% et 80,3%.

Sans surprise, le scrutin révèle une nation divisée. « On savait que la Turquie était profondément polarisée avant le référendum. Mais le référendum a permis d’en mesurer l’ampleur« , explique Robert Parsons, rédacteur en chef des affaires étrangères de France 24.

Un revers symbolique 

La victoire du « non » dans les grandes villes du pays mettent à mal la légitimité du président turc. “Pour la première fois depuis 14 ans, Istanbul, Izmir et Ankara ont voté contre Erdogan« , souligne Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’UE en Turquie.

Le rejet franc des habitants d’Izmir, ville composée d’une importante communauté juive et arménienne, ne surprend pas vraiment. Mais la défaite d’Erdogan à Istanbul – qui l’avait pourtant élu maire en 1994 – est un réel camouflet. Selon Soner Cagaptay, spécialiste de la Turquie auprès du Washington Institute : “la victoire d’Erdogan est aussi une défaite : il a perdu Istanbul, la plus grande ville du pays où il a entamé sa carrière politique« . (…) Perdre Istanbul est son plus gros revers. »

Un revers que le président Erdogan s’est toutefois bien gardé de reconnaître  : dans un discours télévisé suivant l’annonce des résultats, l’homme fort de la Turquie a salué une « décision historique« .

Écrit par Léa Bilis