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Deux fois par mois, Julien, 24 ans et récemment initié à la franc-maçonnerie, retrouve quelques confrères pour parler et réfléchir sur des sujets chez le Grand Maître de leur loge.

Dans le Vème arrondissement de Paris, au 8ème étage, derrière les portes de l’appartement 26 se retrouvent quatre initiés à la franc-maçonnerie autour d’un apéritif, chapeauté par un Grand Maître.

L’appartement est propre, rien ne dépasse. Tout est à sa place. L’ambiance paraît pesante, personne ne parle. Rien ne laisse paraître qu’une soirée franc-maçonne s’y tient. Tout le monde est habillé de son habit du quotidien, pas de typiques vestes noires et tabliers maçonniques.

Puis le Grand Maître, Mathieu, annonce le thème du débat : « La place de la franc-maçonnerie dans la société actuelle. » Un silence règne. Les initiés réfléchissent.

« La réflexion est la règle d’or » a expliqué Julien avant d’entrer. La parole ne doit pas être superficielle, elle doit apporter un avancement dans la réflexion. Les initiés, en cercle dans le salon, réfléchissent pendant de longues minutes. Le Grand Maître les observe d’un oeil attentif.

En quête d’approbation

Jean, âgé de 51 ans, prend la parole en premier : « On avance que les francs-maçons accaparent la France en détenant le pouvoir économique, pourtant la représentation maçonnique atteignait près de 40 % en 1934 à l’Assemblée nationale. Elle n’est plus que de 3-4 % aujourd’hui »

S’en suit un débat auquel Julien ne prend pas part. Nerveux, il gigote sur sa chaise. De longues minutes s’écoulent, chaque personne s’écoute et rebondit sur les propos des uns et des autres.

Le Grand Maître jette un coup d’oeil vers Julien l’incitant à s’exprimer. Il hésite, tous les regards sont sur lui. « J’aimerais commencer par la citation du Général de Gaulle : ‘les francs-maçons n’ont pas assez d’influence pour être pris en considération, mais trop pour qu’on s’en désintéresse’ ». Julien fait une pause, comme s’il attendait l’approbation du Grand Maître.

Puis reprend : « la franc-maçonnerie a vu son champs d’action diminuer laissant place à une influence plus sociétale qu’économique. Une présence indéniable mais dont les actions sont moindres que ce que laisse penser l’imaginaire collectif. Sauf que la franc-maçonnerie a du mal à se restructurer en apportant une fraîcheur, de la nouveauté.»

La question « jeunes »

Julien rajoute que les francs-maçons reconnaissent leur méconnaissance des moyens de communication modernes ainsi que de certaines nouvelles technologies d’aujourd’hui. Voilà en quoi la jeunesse pourrait apporter un second souffle à la franc-maçonnerie. « Lorsqu’on fait appelle à la jeunesse, on prend le risque de faire évoluer les choses. » Si la franc-maçonnerie se coupe de la jeunesse, elle se coupe de son avenir, se privant d’une certaine modernité.

Certains des initiés acquiescent. Le Grand Maître ne laisse rien transparaître. Il passe ensuite la parole à un autre, Claude, 58 ans.

La discussion se finit par une prise de parole du Grand Maître remerciant les initiés d’avoir pris part à cette discussion « riche et intéressante« . Chacun se lève, les mains se serrent. Julien est le dernier à partir, le Grand Maître l’a pris à part. Mais cette discussion restera entre les quatre murs de l’appartement 26.

Alix Watin-Augouard

Écrit par Alix Watin-Augouard