Quand les restaurants s’invitent chez vous

Depuis Allô Resto, créé en 1998, des plateformes de livraison ont retravaillé le concept et se sont imposés sur le marché. Le « foodtech » comme on l’appelle, est une affaire juteuse puisque de nombreuses starts-up ont vu le jour depuis. Mais pour les professionnels de la restauration, ce business est-il rentable ?


Il est 13h30 dans le 15ème arrondissement de Paris. C’est l’effervescence dans le restaurant libanais Chez Charbel. La petite salle est comble, les plats sont rapidement servis et tout le monde se régale. Pourtant, dans les cuisines, on continue de s’activer. Et pour cause, les commandes continuent de pleuvoir. Dans la salle, sur le bar du gérant, une petite tablette numérique. A chaque sonnerie, c’est le signe que quelqu’un vient de choisir le restaurant libanais pour se faire livrer.

Ils s’appellent Foodora, Deliveroo ou encore UberEats et, depuis deux ans, ils vous régalent à domicile. Le principe ? Grâce à une application sur smartphone, des milliers de restaurants sont répertoriés. La commande et le paiement se font directement sur le téléphone et environ une demi-heure plus tard, l’un des « sympathiques coursiers » à vélo apporte le repas. Le concept a fait beaucoup d’heureux : les salariés trop occupés à travailler pour aller chercher leur déjeuner, les flemmards qui n’ont pas environ de sortir de chez eux… Ils sont déjà des millions en France à avoir testé le service Deliveroo. Mais si les consommateurs semblent heureux, qu’en est-il des restaurateurs associés à ces entreprises ?

Elie a 53 ans et est propriétaire du restaurant chez Charbel. Cela fait maintenant six mois qu’il est répertorié chez Foodora et Deliveroo, et pour l’instant il est plus que satisfait du service. « La commission s’élève à 30%, c’est-à-dire que pour une commande de 10 euros, Foodora prendra 3 euros. Cela peut paraître élevé, mais quand on y réfléchit, on ne paie ni les coursiers, ni le matériel. Aucune charge sociale ou salaire en plus, au final on est gagnants. » Et comme aucun apport n’est demandé pour devenir partenaire, tout ce que le restaurateur gagne devient du bénéfice. Ainsi, Elie gagne environ 3.500 à 4.000 euros supplémentaires chaque mois grâce à ces sociétés. Autre point, l’application favorise la notoriété des restaurants en proposant un menu déroulant avec tous les établissements des environs.Une façon pour les gérants de se faire connaître et de se créer une réputation sans publicité ou marketing. « C’est rare, mais certaines personnes qui avaient commandé chez nous grâce aux applications sont venues sur place pour découvrir le cadre et le restaurant en lui-même, se réjouit Elie. C’est vraiment un plus. »

Côté convivial

Mais certains professionnels de la restauration ne voient pas d’un bon oeil cette nouvelle façon de consommer. A Courbevoie, le gérant d’un restaurant grec est plus réticent et n’a pas encore franchi le pas. « J’hésite à me lancer, confie-t-il. Evidemment, cela serait intéressant financièrement, mais je trouve que le côté convivial se perd. Quand on vient au restaurant, c’est pour passer un bon moment. » Installé récemment, son restaurant ne fait pas encore un chiffre d’affaires conséquent, et l’homme a peur que la commission ne soit trop importante. « Sur le type de produits que je vends, des kebabs, des burgers, on est à environ 6 euros par commande, explique-t-il. Je ne suis pas sûr qu’il soit intéressant pour moi de leur céder une part aussi importante de mes recettes. »

Elie avoue lui aussi regretter la perte de contact direct avec ses clients : « Bien sûr, si je me suis lancé dans la restauration, c’est que j’aime côtoyer des gens, échanger. Mais, dans notre société, a-t-on vraiment le choix de tourner le dos à ces applications ? Il faut s’adapter. » Pour les restaurateurs déjà installés, il est également difficile de trouver des défauts à la « foodtech » – si ce n’est la surenchère entre applications qui n’en finit plus de croître…

Les entreprises de livraison déclinent d’ailleurs le concept à toutes les sauces : le géant Amazon, par exemple, garantit d’amener vos produits en 1h chez vous. Mais même les petites starts-up s’y retrouvent : Stuart ou Tok Tok Tok, nouveaux sur le marché, livrent à domicile des produits en tout genres, de l’alcool au produit high-tech.

Léa Cardin et Nicolas Chaaya

Écrit par iejpedago