Quand la baleine tombe à l’eau

Sept ans de travail pour une réplique du plus grand mammifère jamais observé par l’homme, mis à la poubelle. Organisé en marge de la COP21, une exposition inédite de l’association Un Cadeau pour la Terre organisé au coeur d’une baleine, annulée suite aux attentats de Paris. Le désastre d’une vie pour son créateur.

 

Une baleine de 34 mètres de long, haute comme deux étages et large comme une rue dessinée par le baron Haussmann. Voilà les mensurations de la réplique bestiale censée recouvrir le parvis du quai du gros Caillou sur le quai Branly, finalement déprogrammée pour cause d’arrêté préfectoral : tout rassemblement de personnes étant interdit jusqu’au 30 novembre, coup d’envoi de la COP21. Le prix des attentats parisiens du 13 novembre dernier et un réel coup de massue pour le père du projet, Pierre Douai, président de l’association Un Cadeau pour la Terre.

L’histoire nait en 1904, lorsque deux équipages de pécheurs harponnent au large de Georgie du Sud le plus grand mammifère que l’homme n’ait jamais observé, une baleine bleue géante qu’ils remontent mais ne conservent pas pour la consommation. La bête est acheminée jusqu’au port le plus proche et autopsiée par les scientifiques, l’occasion de prendre les mesures d’un colosse bien utile à la lutte contre le réchauffement climatique.

Serial-kriller des océans

Grande consommatrice de krills et planctons dont elle avale deux tonnes par jour, la baleine est elle-même à la base du développement des phytoplanctons. Se nourrissant des déjections de leur chasseur pour croître, ces derniers sont connus pour leur travail d’absorption de carbone, faisant de la mer « le premier dépollueur naturel mondial, devant les forêts« , explique Pierre Douai. Symbole de l’érosion de la diversité – il ne resterait que 5 000 spécimens dans les mers – et acteur privilégié de l’élévation des températures, la réplique de la bête devait accueillir 50 personnes pour une exposition inédite.

L’homme le confiait hors micro, la COP 21 était une caisse de résonance sans comparaison, le manque à gagner est abyssal. Avec six jours d’installation, les travaux devaient commencer au plus tard lundi dernier pour être prêt à temps. Personne en vue sur le quai Branly depuis cette date.

 

Écrit par theo.denmat