Quand Aurel est devenu San

CEUX QUI ONT MARQUE 2017. Deux disques de platine pour son album « La fete est finie », et un debut de tournée déjà complet. Un beau clap de fin pour Orelsan qui a évolué en même temps qu’Aurélien Cotentin, l’homme derrière l’artiste.

Le rappeur ouvre son dernier album avec le morceau « San », peut-être le plus important, le plus parlant et le plus vrai. « San » en japonais, ça veut dire « 3 ». « San » en japonais ça veut dire « Monsieur ». Orel est devenu San. La fête est finie.

Il a commencé le rap comme un gamin, il était « Perdu d’avance » et n’hésitait pas à le revendiquer.

Le jeune normand qui se lève à 14h du matin, raconte ses journées qui commencent par une fin de clope et une part de pizza froide. Le rap de la glande, c’est presque lui qui l’a inventé : quand Orelsan n’a rien à raconté, il raconte qu’il ne fait rien.

À cette époque, en 2009, les Inrocks le compare à Eminem ou Mike Skinner de The Streets, pour son côté white trash doublé de soirée lose sans aucune présence féminine. Mais principalement pour sa manière de raconter des histoires, même quand sa vie n’est pas suffisamment mouvementée pour en parler, il la raconte à la manière d’un romancier, qui met dans la tête les images qu’il a dans les yeux.

Crane rasé et visage enfantin, Orelsan est drôle, blasé et désespéré, mais il fait avec. Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire, jusqu’à l’écoute de « Peur de l’échec ». Si Aurel ne fait rien de ses journées, c’est qu’il a peur de rater ce qu’il entreprend. Mais il a fini par se lancer, à bien se lancer même, dans cet album, il chante « Sale pute », il sera censuré, insulté et poursuivi, mais ça y est, il est là et on s’en souviendra.

Après l’enfance, c’est l’adolescence, accompagnée de ses prises de conscience et d’une profonde dépression. Orelsan s’en fout, il est de retour avec sa sous-culture.

Il est devenu quelqu’un avec son premier album, le champagne qui coule et les groupies qui courent, il entend le chant des sirènes, et finit par se perdre. Entre « Suicide Social » et « Si seul », il raconte la dépression post-succès, parce qu’Orelsan, quand il est connu, ça le déprime.

Il ne fait pas comme les autres, il ne « donnera pas la patte ». Il méprise tout le monde, autant que lui-même. Il nous hait, il se hait, à la fin d’ « Elle viendra quand même » (dernière chanson de l’album) les fans se sont tous dit que c’était finit, que s’il ne se tirait pas une balle, qu’il ne raperait plus jamais.

Comme un ado paumé forcé d’entrer dans la vie d’adulte, chaque seconde semble comptée jusqu’au point de non-retour, ce craquage dont il ne se remettrait pas. Comme il le dit, la mort viendra quand même.

Mais elle n’est pas venue. Le gamin est devenu adulte. Orelsan boucle la boucle avec son dernier album. Six ans après « Le chant des sirènes », le rappeur est revenu en force cette année, et prouve sa maturité mêlée à son univers de gamin, de manga et de samurai.

On est loin des « St Valentin » ou de « Sale pute » qui avaient fait polémique à l’époque. L’enfant de Caen retourne encore une fois le rap français, prouvant sa particularité avec un album qui explose tout. Souvent critiqué pour son flow atypique, il a fermé le clapet des petits et des grands, des doux et des violents.

On retrouve des punchlines puissantes qui font tomber de la chaise à travers des vérités écrasantes. À l’image de « suicide social », il retourne les non-dits familiaux des dîners à rallonge. « Défaite de Famille » exprime son mépris des fêtes que beaucoup considèrent comme une corvée. « Si vous n’avez pas peur du vide, regardez Muriel dans les yeux. »

Le rappeur a précisé qu’il n’a cité personne de personnes de sa famille, bien que certains personnages en soient fortement inspirés. Monsieur San, 35 ans, samurai dépressif, n’en ai qu’au début de la fin de sa carrière : « J’ai mis la moitié de ma vie à savoir ce que je veux. »

Lisa Henry et Quentin Corbé

Écrit par IEJ3A

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