Pourquoi l’Etat islamique s’acharne-t-il sur Palmyre ?

En décembre dernier, la ville syrienne repassait aux mains du groupe djihadiste, qui s’emploie une nouvelle fois à détruire ses trésors uniques. Un drame qui touche aussi d’autres cités millénaires.

Palmyre en Syrie, Bâmiyân en Afghanistan ou encore Khorsabad en Irak. Autant de sites antiques détruits ou pillés par des groupes salafistes tels que Daech. Des sites que le Grand Palais met à l’honneur. Pour encore deux jours, le musée propose aux visiteurs de découvrir ces lieux menacés et parfois même disparus, à l’aide de reconstruction en 3D et d’images projetées. Une exposition montée en toute hâte face à une actualité riche. Alors que Palmyre tombait à nouveau entre les mains des djihadistes en décembre dernier, quoi de plus évocateur que de présenter des oeuvres qui ne sont plus ?

Mai 2015, le groupe djihadiste Daech s’empare de la ville. Temples, arc de triomphe, tombeaux… L’Etat Islamique s’empresse de détruire les statues et symboles religieux qui avait fait la renommée de la citée antique. A grand renfort de vidéos chocs, le groupe rase en partie un site archéologique qui résistait pourtant depuis le IIIème siècle, date de l’âge d’or de Palmyre. Un acte qui n’est en rien conséquence d’une guerre à la violence exacerbée -entre 2014 et 2016 les attentats orchestrés par Daech à l’international auraient causé la mort de plus de 3.000 personnes selon le quotidien Le Monde– mais qui est la raison même de la prise de la cité.

Un combat historique contre le paganisme

Certes, on peut expliquer la prise de la ville par sa position stratégique : sa proximité avec Damas, ses champs pétroliers et gaziers ou encore son aéroport militaire. Sont aussi à prendre en compte les perspectives d’un trafic d’antiquités gréco-romaines lucratif. D’autant plus que parmi les sources principales de financement du groupe on trouve le trafic d’art en 9ème position, selon des données fournies au Figaro par le Président du centre d’analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard. Mais d’après Alain Rodier, directeur de recherche chargé du terrorisme et de la criminalité organisée au Centre français de recherche sur le renseignement, l’intérêt que Daech porte à Palmyre “est idéologique avant tout”.

Le site archéologique représente tout ce que le groupe combat. En effet, comme le souligne le géopolitologue Alexandre Del Valle, auteur de “Comprendre le Chaos syrien: Des révolutions arabes au djihad mondial”, il s’agit là “d’une logique implacable chez les islamistes radicaux : ils détruisent tout ce qui rappelle la barbarie pré-islamique”.  En d’autres termes, “tout ce qui remonte à des temps païens est pour eux ce qu’il y a de pire. Pire encore que les traces historiques chrétiennes ou juives”.

Afin de saisir l’importance de ce combat chez les dirigeants de Daech, il convient de s’en référer à l’idéologie salafiste. L’Etat islamique, Al-Qaïda ou même les wahhabites prônent “un retour à l’Islam des origines […] lequel proscrit tout ce qui peut donner lieu à n’importe quelle sorte d’adoration” précise Alain Rodier. Si l’on reprend les textes sacrés et la lecture qu’a pu en faire l’islamologue Yusuf al-Quardaoui, les statues à l’effigie d’hommes ou d’animaux sont interdites dans une logique de préservation du monothéisme et d’éloignement de tout ce qu’imitent les idolâtres dans leurs images et leurs idoles qu’ils fabriquent de leurs mains”.

En ce sens,  Alexandre Del Valle souligne qu’aux yeux de Daech il ne s’agit pas là de barbarie mais bien de l’application de la parole de Mahomet  qui “dès sa prophétie s’est employé à détruire toute forme d’art dans une logique de confrontation totale avec le paganisme [fait référence aux religions polythéistes des païens, NDLR]”.

Un monothéisme absolu

Par extension, tout ceci explique bien plus que la destruction de Palmyre et d’autres sites semblables. Daech ne s’en prend pas uniquement aux vestiges des temps anciens mais combat la culture au sens large, la culture de masse. Dans chaque ville ou village qu’il administre, “le groupe interdit aux citoyens d’écouter de la musique, d’idolâtrer quelque célébrité que ce soit et même de jouer au football” ajoute Alexandre Del Valle.

En outre, rien ne doit amener à adorer quiconque ne serait pas Allah. Raison pour laquelle il existe un art islamiste bien spécifique, strictement religieux, allant de la poésie, à la représentation de natures mortes en passant par les chants a cappella.

Aude Solente

Écrit par Aude Solente