Pourquoi la pilule masculine est tant boudée

Cinquante ans que la pilule féminine a été autorisée en France. Aujourd’hui elle est d’ailleurs la contraception la plus courante chez les femmes devant le stérilet et le préservatif. Mais qu’en est-il de la pilule masculine? Pourquoi la boude-t-on depuis sa création en 1970 ? 

La contraception: une histoire de femmes ?

En 1967, quand la pilule féminine a été légalisée elle est devenue le symbole de la libération des femmes. Elle permettait à celles-ci de choisir quand est-ce qu’elles allaient être mère à une époque où la société était très largement dominée par les hommes. Depuis, la contraception semble donc uniquement dépendre de leur ressort. Et même lorsqu’elles sont ouvertes à la contraception masculine, la crainte persiste d’être dépendante de son compagnon. Apolline, étudiante en Art à Paris, explique par exemple ne voir aucun inconvénient à ce que son ami prenne la pilule à sa place même si elle avoue qu’elle « le surveillerait » au cas où il l’oublierait.

Un corps médical au ralenti

La pilule masculine est efficace depuis une quarantaine d’années, pourtant la plupart des médecins, s’ils n’ignorent pas son existence excluent la possibilité de la prescrire et privilégieront le préservatif. L’urologue Aurel Messas, avoue ne pas proposer systématiquement la pilule à ses patients car pour lui, cela « n’est pas encore naturel ». Au planning familial, même constat : il aura fallu que l’association pour la recherche et le développement de la contraception masculine (ARDECOM) tire la sonnette d’alarme l’année dernière. Pierre Colin, l’un des fondateur de l’association en 1979, se remémore : « La contraception est un fondamental du Planning, pourtant il ne donnait aucune information sur la contraception masculine. » Il fustige aussi le manque de moyens que l’Etat leur offre.

L’industrie pharmaceutique désintéressée

Si certains hommes ressentent donc le besoin de prendre leur responsabilité dans la contraception, les industries pharmaceutiques l’ignorent. Les recherches pour la contraception masculine sont moins soutenues financièrement et finissent par avorter. A cela s’ajoute la crainte des effets secondaires qui freine les tests ; une crainte qui exaspère de plus en plus quand on sait qu’une femme subit quotidiennement les conséquences indésirables de sa prise de pilule.

Camille Bardin

Écrit par IEJ3A