Pollution à Paris : c’est grave docteur ?

Circulation alternée, vignettes anti-pollution ou fermeture des voies sur berge, les mesures contre les pics de pollution à Paris se multiplient depuis quelques mois. Mais le problème est plus profond, au détriment de la santé des franciliens. 

Toux, gêne respiratoire, maladies chroniques ou cardiovasculaires, autant de problèmes sanitaires liés à la pollution à Paris. Et la situation s’empire. Si depuis quelques années l’attention est surtout portée sur les pics de pollution, le danger principal est ailleurs. 

Selon Gilles Dixsaut, pneumologue et président du comité de Paris contre les maladies respiratoires, « la pollution chronique est bien plus dangereuse que les pics, ces derniers n’étant responsables que de 3% des hospitalisations et morts liées à la pollution, les 97% restants étant provoqués par la pollution quotidienne« .  

Malgré les idées reçues, la pollution atmosphérique de Paris n’a cessé de diminuer depuis les années 1990. C’est à cette époque qu’il y a une prise de conscience du problème environnemental, après les épisodes important de pollution en Ile-de-France durant l’hiver 1989. L’année suivante, le programme d’Évaluation des risques de la pollution urbaine sur la santé en Ile-De-France (Erpurs) est mis en place avec une mission de conseil et prévention. 

Les études de l’Erpurs constituent un système de surveillance des effets sanitaires et des principales causes de la pollution atmosphérique dans la région. Depuis deux décennies, les recherches révèlent que le trafic routier est la première source de pollution à Paris, suivi par l’industrie et le chauffage des résidences, principal émetteur de particules fines.  

Paris, mauvais élève en Europe

Si la capitale française n’est pas aussi polluée (et pollueuse) que Pékin, Doha, Delhi, Mexico ou Rio, elle reste néanmoins l’une des principales sources de particules fines en Europe. En effet, Paris se classe 84ème dans le classement des 100 plus grandes villes d’Europe selon leur qualité de l’air. Londres, Turin et Madrid se situent aussi parmi les plus mauvais élèves, tandis que Manchester, Dublin et Helsinki sont parmi les premiers de la classe. 

La conscience actuelle des effets de la pollution atmosphérique urbaine sur la santé doit beaucoup à un épisode tragique survenu à Londres en décembre 1952. Durant cinq jours, un nuage épais de fumées provenant des usines et des chauffages individuels au charbon a stagné sur le bassin londonien. Les concentrations de particules en suspension et de dioxyde de soufre ont atteint des niveaux exceptionnels, entraînant un excès de mortalité catastrophique : une analyse récente porte à 12 000 le nombre de décès en excès.

Depuis, les législations ont permis de réduire considérablement l’émission de particules en relation avec l’usage de combustibles fossiles (industrie, chauffage résidentiel), et les concentrations de certains polluants. En France, loi du 2 août 1961 relative à la lutte contre les pollutions atmosphériques a permis ce changement, en pénalisant toute entreprise ou particulier ne respectant pas la réglementation toujours en vigueur.

Alexandre Hachem

Écrit par Alexandre Hachem