Petit Biscuit, le nouveau prince de la musique électro

CEUX QUI ONT MARQUE 2017. Obtention d’un bac S avec mention très bien, tournées en France et à l’international, sortie d’un premier album… L’année 2017 a consacré le jeune DJ français. Rencontre.

« Mon âge, même si je le savais, je ne le croirais pas. » Cette citation du compositeur français, Vincent Scotto, prend tout son sens lorsqu’on le rencontre « Petit Biscuit » à la Cafeothèque, dans le 4ème arrondissement de Paris.

Sac bien ancré sur ses épaules, sweatshirt gris, jean resserré et baskets aux pieds… Au premier abord il a tout d’un adolescent comme les autres. Et pourtant Petit Biscuit ne sort pas de l’université mais d’un concert à Bruxelles, lors de sa tournée des zéniths.

Medhi Benjelloun, de son vrai nom, préfère à la fac, passer ses journées en studio. « Je suis inscrit en cours et je fais acte de présence quelques fois », déclare-il pas très convaincu, dans un rire. « Je me dis que j’ai peut-être quelques années avant de réfléchir à un plan B. »

« Je me disais que jamais j’aurais pu percer dans la musique »

Un plan B, pour l’instant, Medhi ne semble pas en avoir besoin. En effet, il se fait repéré alors qu’il n’a que 15 ans et demi, grâce à son morceau « Sunset Lover », qui devient très vite un succès planétaire.

Aujourd’hui, à tout juste 18 ans, il sort son premier album, « Presence », et est écouté par plus de 220.000 personnes sur YouTube. Un succès fulgurant, que le jeune artiste a encore du mal à admettre.

« Dans mon inconscient, je pense que je me disais que jamais j’aurais pu percer dans la musique », confie Medhi. « A la base je ne comptais même pas sortir ‘Sunset Lover’, c’est un ami qui m’a conseillé de le publier. Je n’ai pas immédiatement réalisé ce qu’il se passait, c’était assez fou de voir qu’autant de personnes m’écoutaient. »

Effectivement, avec plus de 400 millions d’écoutes de son hit, toutes plateformes confondues, cela peut vite monter à la tête. A 16 ans, Petit Biscuit mène déjà une double vie.

La journée, comme tous les autres, il la passe en cours, avec ses « potes ». Mais de retour à la maison, il n’a qu’une seule idée en tête : se plonger dans la musique et composer. Une vie très décalée, qu’il ne regrette pas : « Je n’aurais jamais imaginer vivre ma vie autrement. Ça aurait été bizarre si je n’étais plus allé en cours à 16 ans et que j’avais perdu mes potes. Je n’aurais pas vécu ma vie normalement. »

Aujourd’hui, celui qui a grandit à Rouen, a trouvé un réel équilibre, qu’il doit à sa famille. « Mes parents n’ont jamais été centré sur moi, c’était beaucoup d’amour pour tous (son frère et sa sœur jumelle, ndlr) même aujourd’hui. Ce n’est pas de la fierté qu’ils éprouvent mais plus du bonheur, ils ne vont pas se vanter de mon succès. »

Bien entouré, le jeune DJ ne comprend pas que certains artistes puissent perdre les pédales. « Quand tu regardes dans le personnage ou dans son histoire, tu vois qu’ils étaient prédestinés », explique le lauréat de la révélation de l’année des NRJ DJ Awards 2017. « Il y a une certaine éducation, qui fait que quoiqu’il arrive, tu es obligé de garder les pieds sur terre. »

« Medhi est son propre directeur artistique » 

Bercé par l’art depuis sa naissance, le jeune Medhi rencontre la musique à 5 ans, lors de cours de violoncelle. « J’ai choisi le violoncelle, mais lors de mon premier cours, je me suis rendu compte que je m’étais trompé d’instrument, je voulais un violon », se rappelle Petit Biscuit, sourire aux lèvres. « C’était l’instinct je pense. »

Plus tard, il s’essaye à d’autres instruments comme la guitare, le piano ou encore les percutions, cette fois-ci en autodidacte.


Autonome depuis le plus jeune âge, Petit Biscuit l’est aussi dans la production de sa musique. En effet, il a lancé son propre label et travaille totalement en indépendant. « J’ai beaucoup de respect pour les artistes qui restent indépendants, on voit que ce sont plus que des artistes, ce sont des entrepreneurs, qui ont des projets, qui ont de l’idée », indique le musicien.

Un signe de maturité pour son manager Jonas Faugère : « Medhi est son propre directeur artistique, il écoute les conseils de son équipe sur les mix etc, mais c’est lui qui choisit ce qu’il fait et comment il le fait et ce depuis toujours. » Mature certes, pourtant, son langage rappelle son jeune âge, composé de « genre », « mec » et « la diff ».

Une musique faite par instinct

D’abord connu aux Etats-Unis grâce à la plateforme Soundcloud, celui qui ne se considère pas comme un Disc Jockey, mais comme un artiste, cherche directement à imposer sa french touch. « Pour mon nom, je voulais quelque chose de très identifiable, comme un petit personnage, mais tout en gardant un côté français », explique Medhi.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne cherche pas à se démarquer. Il fonce et fait tout par instinct, « je pense que ce qui plaît aux gens c’est justement mon côté authentique », tout comme ses compositions, qui évoluent sans cesse en même temps que lui grandit.

Quand on lui parle de ses projets à venir, Medhi reste plus vague. Nouvel album, nouvelles dates en France à Paris… Impossible de lui faire cracher le morceau. Il conclut dans un sourire : « De belles choses vont arriver, mais laissons l’album un peu prendre, j’ai envie de voir le public ‘Petit Biscuit’ se construire. »

Lou-Anna Rossi et Juliette Thévenot

Écrit par IEJ3A