Paris 2024 : les JO, un enjeu « diplomatique et politique »

La rédaction est allée à la rencontre de Carole Gomez, chercheuse à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), spécialisée dans le sport. Une candidature aux Jeux olympiques est une action politique qu’il faut décrypter.

Le sport est-il devenu un argument dans la politique internationale d’un pays ?

Sur la scène internationale, une candidature aux Jeux olympiques, ça fait toujours bien. Le pouvoir du sport appelé aussi « soft power », incombe au pays organisateur un rayonnement plus large sur la scène internationale. Et pour cause, tout le monde ne peut pas accueillir un tel événement. Les JO sont confiés à de grandes nations, comme une reconnaissance.

Même si le CIO tente de démocratiser les Jeux, on reste dans une organisation très occidentale. Porter une candidature est un message diplomatique, cela montre que le pays est capable de tenir des projets sur le long terme. Un événement comme les JO peut relancer une économie, l’urbanisme…

Une telle organisation est un coup de projecteur sur le pays concerné, à lui de maquiller ses faiblesses. On se rappelle des mouvements sociaux avant la Coupe de monde au Brésil et des critiques de Sotchi… Au-delà de la réputation, une candidature peut aussi se révéler néfaste pour la nation. En 2004 à Athènes, les milliards débloqués pour l’événement ont laissé un déficit énorme pour le pays.

Le sport c’est donc de la politique ?

Le sport est une stratégie, il ne peut être que politique. Prenons un exemple. En France, lors de la Coupe de monde 1998, c’était l’état de grâce. Le président Chirac est remonté dans les sondages de manière explosive alors que la conjoncture économique devenait étouffante. Le sport est encore une fois très bénéfique, c’est un faire-valoir des sentiments patriotiques, d’une cause que l’on veut défendre.

C’était la même stratégie pour les JO de Sotchi. Poutine est devenu véritable héros de son peuple en accueillant cette compétition. Toutes les décisions d’envergure nationale qui peuvent avoir des répercussions internationales sont très calculées.

Et du point de vue social, si l’événement est bien encadré, c’est la garantie d’une certaine union nationale. Le cas de l’Espagne est flagrant. Avec les revendications importantes des régions, la population est assez divisée. Et pourtant quand les équipes nationales jouent, tous les espagnols sont supporters ! Il n’y a pas de Catalans, de Basques, etc. Il y a aussi une volonté des équipes espagnoles de faire bloc pour enfouir les conflits régionaux. C’est une façon d’acheter la paix sociale.

Paris a-t-il les capacités à réussir un tel événement ?

C’est une question d’agenda politique. Mais personnellement, je pense que ça vaut le coup. Les échecs consécutifs de l’organisation de la Coupe du monde au Brésil et des Jeux de Sotchi ont fait réagir les grandes instances du sport. Le CIO a condamné Sotchi et a compris qu’il fallait revenir sur des pays qui ont les moyens de garantir une bonne organisation. Donc Paris a les capacités de réussir, même si elle fait face à des concurrents redoutables.

Valentin Lierre

Écrit par mmy