Open d’Australie : A quoi joue Monfils ?

Premier tournoi majeur de l’année. Premier match pour Gaël Monfils. Et déjà les premières frayeurs pour celui qui aborde l’année 2015 avec l’objectif de remporter un premier Grand Chelem. Porté par un quart de finale à l’US Open 2014 quasi-parfait contre la légende vivante Roger Federer, La Monf’ avait montré un autre visage en fin de saison dernière pour atomiser en finale de la Coupe Davis ce même Federer. Capable d’exploits héroïques, Monfils entame cette nouvelle campagne sur courant alternatif suite à sa victoire contre celui qui incarne la relève du tennis français Lucas Pouille 6/7 4/6 6/4 6/1 6/4.

Pourtant le 5 janvier dernier, « Sliderman » déclarait sur son compte Twitter avoir changé. Accompagné par son coéquipier Gilles Simon, ami d’enfance depuis leur formation commune à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) avec qui il partage désormais son entraineur Jan de Witt, Monfils entame un nouveau cycle. Mieux s’entourer pour moins se disperser ? Monfils aurait-il enfin trouver une forme de sagesse ? Sans doute. Lui qui attaque la dernière ligne droite de sa carrière, ce joueur athlétique a le potentiel pour concurrencer le Top 5 mondial. Il n’a pourtant jamais réussi à dépasser le palier des demi-finales. Certains avancent des problèmes physiques récurrents qui l’empêchent de passer ce niveau supérieur. D’autres des carences mentales. Incapable de tenir un volume de jeu conséquent sur un match, il a, malgré des « hotshot » qui fascinent autant qui agacent, attendu d’être dos au mur pour réagir.

 

Mais alors comment expliquer cette passivité lors des deux premiers sets et son incapacité à faire le jeu ? Une nouvelle fois, Monfils s’est montré attentiste face à un Pouille conquérant. A l’arrêt, loin de sa ligne de fond de court, il a pendant près d’une heure et demi inquiété. Avant de se relâcher et d’envoyer les sacoches de coup droit qu’on aime lui attribuer. Le parisien aurait-il vraiment changé ? Souvent amoindri par des blessures à répétition aux genoux, il serait judicieux de le voir prendre le jeu à son compte. Capable de frappes lourdes, extrêmement bombées, Monfils pourrait se faciliter la tâche. Encore plus lors des tournois majeurs qui exigent beaucoup de l’organisme. Au lieu de ça, il se retranche souvent derrière son physique hors du commun, et balaie la largeur du terrain. Sa capacité à réagir n’est pas une nouvelle : il l’a souvent démontré dans le passé. Lucas Pouille n’est donc pas son premier fait d’armes. Monfils s’est réveillé quand l’adversaire a entre-aperçu la victoire.

Le match d’aujourd’hui est une nouvelle caricature de ce qu’est Monfils dans la sphère tennistique. Après son dernier entrainement, il affirmait en interview « être au fond du gouffre ». Un extraterrestre, un ovni qui aime se saborder. Après son match remporté au forceps, il déclarait au micro du stade « Au début, je n’étais pas moi-même. Quand ça n’allait pas, je pensais à mes parents qui me regardaient. Je leur ai promis d’être bon cette année, alors je ne pouvais pas leur faire ça, a-t-il expliqué au micro du stade. J’ai beaucoup d’émotions en moi… Cette victoire est importante, elle va me rendre fort pour le 2e tour (face à Jerzy Janowicz). » Il ne fait aucun doute que cette victoire est un motif de satisfaction pour celui qui jouait son premier match de l’année. Néanmoins, avec objectifs élevés pour cette saison 2015, il devra gagner en concentration pour ainsi s’éviter des matchs tendus comme celui d’aujourd’hui.

Malgré tout, et vu la facilité avec laquelle il a inversé la tendance, il est légitime de penser que Monfils avait tout planifié. Reconnu pour ses entames difficiles, c’est souvent dans l’adversité que La Monf’ se transcende et hausse son niveau de jeu. Finalement, ce match, certes conclu au cinquième set n’aura duré que 2h48. Une formalité. Et surtout une bonne mise en marche pour la suite du tournoi.

Paolo Caumeau, 3F

Écrit par Paolo Caumeau