Olivier Goncalves, chauffeur privé à plein temps

Depuis le 8 décembre, les chauffeurs de la plateforme de Uber, se réunissent et enchainent les actions de grèves. En ce 3 janvier, Olivier Goncalves, chauffeur privé depuis deux ans et demi, est venu soutenir ses collègues à la manifestation devant les locaux du leader américain.

Environ 1m86-87, cheveux poivres et sels sous son bonnet en laine noir. Long manteau noir, pantalon à pince et chaussures de ville. Visage avenant et aimable. Au départ Olivier Goncalves, aux abords de la cinquantaine, n’était absolument pas prédestiné à devenir chauffeur privé. Ce n’est qu’après avoir travaillé pendant de nombreuses années dans le monde de la métallurgie qu’il redirige sa carrière. Un passage à vide caractérisé par des allers- retours au Pôle Emploi le décide à entreprendre une formation de chauffeur privé.

L’aventure de l’auto-entrepreneuriat débute. Six mois après son entrée en fonction, il se constitue SASU (Société Anonyme Simplifiée Unipersonnelle). Et le voici, ici, devant les locaux de Uber, deux ans et demi plus tard pour dénoncer des conditions de rémunération dégradées.

Il travaille 80 heures par semaine, se réveille à cinq heures du matin et rentre se coucher à onze heure et demie. Il n’a pris jusqu’alors qu’une semaine de congé…

Pourquoi un tel virage ?

Il répond en toute simplicité qu’il y a deux ans le métier était en vogue, la demande était très forte. Les sociétés de VTC (Véhicule de Transport avec Chauffeur) « étaient des poules aux œufs d’ors. Rendez- vous compte, avant un chauffeur privé pouvait gagner jusqu’à 45 euros de l’heure ». En 2015, une étude menée par deux économistes français Augustin Landier et David Thesmar démontre qu’un chauffeur chez Uber dégage un salaire horaire de 3,75 euros, toutes charges comprises.

Pour Olivier, qui aime le contact humain et l’échange avec le client, le métier de chauffeur privé se présentait comme une bonne opportunité. “On rencontre plein de personnes, plus étonnantes les unes que les autres“. Il raconte qu’un jour il a récupéré une dame “un peu folle“, qui s’est mise à chanter de l’opérette à en faire vibrer les fenêtres, puis soudainement l’a insulté sans qu’il ne puisse comprendre pourquoi.

L’uberisation : la fausse autonomie

Les journées sont stressantes, la concurrence est omniprésente et à la fin le salaire n’est pas tout le temps au rendez-vous : “En tant qu’auto-entrepreneur, plus on travail, plus on est taxé“. Mais c’est sans regret qu’il s’est lancé dans cette aventure. “Oui l’uberisation est un bon concept, mais il faudrait que l’État s’en mêle pour redonner plus de pouvoir aux auto-entrepreneurs“.

Même si les politiques s’intéressent aux problèmes en donnant plus de libertés à ces hommes et femmes qui franchissent le pas. Le projet de loi Sapin 2 est sur la table des négociations depuis mars dernier. Mais c’est le problème de la protection des auto-entrepreneurs qui reste difficile à réformer.

Pour tempérer son propos Olivier avoue avec sourire “qu’il y a bien évidemment des moments creux dans la journée, on ne fait pas ‘les trois-huit’ “.

Pour l’instant, son avenir, il le voit au volant de sa berline accompagnant les clients tout en discutant. Mais sa finalité s’est d’être “réellement autonome“. Petit à petit, de ne plus devoir compter sur les différentes applications et de remplir son carnet d’adresse.

 

Manifestation aux locaux d’Uber (via GIPHY)/ © Carl Klink

 

Carl Klink

Écrit par Carl Klink