Annie, historienne de Palmyre, meurtrie par les destructions de Daech

Historienne spécialiste du Proche-Orient depuis quarante ans, Annie Sartre-Fauriat est déchirée de voir sa ville de coeur Palmyre détruite par les djihadistes de Daech. « Nous perdons une partie de notre patrimoine commun.« 

Annie Sartre, en pleine prospection (photo Annie Sartre)

 

« Pour mon premier voyage en Syrie avec mon mari, en 1970, j’avais pour mission de faire de la prospection de terrain. Comme la partie nord du pays avait déjà été fouillée et étudiée par bon nombre d’archéologues et d’historiens européens, nous nous sommes intéressés au Hauran. » Lorsqu’elle évoque ses souvenir de cette région qui s’étend du sud de Damas à la frontière jordanienne, l’historienne Annie Sartre-Fauriat a des étoiles dans les yeux.

C’est à cette période qu’elle s’installe avec son époux Maurice, lui aussi historien, dans la région, afin de collecter le plus de documents possibles. Dans un premier village, ils trouvent des documents épigraphiques datant du Ier siècle de notre ère. Dans d’autres, ce sont des monuments syro-mesopotamiens. Leur but ? Déceler l’importance de ces documents, mais aussi leur origine, leur dessein, l’année de leur conception… Plus de 4.000 archives seront ainsi dévoilées ou re-dévoilées par les deux historiens. Des découvertes qui les amènent à voyager dans toute la Syrie, et à découvrir de nombreux sites à grande valeur historique, dont le mythique site de Palmyre.

Le patrimoine culturel de Tadmor (le nom araméen de Palmyre) a commencé à se forger lors du Ier siècle avant J.C. Ville marchande d’Orient, la cité devient vite colonie de l’Empire Romain. Pendant plus de 300 ans, Palmyre va prendre de l’ampleur jusqu’à construire son propre empire. Elle connaîtra différentes occupations, comme celles de l’Empire Romain jusqu’au IIIème siècle après J.C., au grand bénéfice de son patrimoine.

La force de site antique est, selon Annie Sartre, la fusion entre différentes cultures. Tous les monuments répertoriés sont soit d’origine grecque, soit d’origine syro-mésopotamienne, soit plus rarement latine. Site classé au patrimoine de l’Unesco, à l’instar de la Syrie, la citée de Palmyre a été entièrement détruite par les djihadistes de Daech.

Pour Annie Sartre-Fauriat, Tadmor était un « site magique« , situé dans une oasis avec plusieurs dizaines de kilomètres de désert aux alentours. La vue des ruines ressemblait à une délivrance, à chaque fois qu’elle la visitait. « J’y suis allé une vingtaine de fois, et j’étais émue à chaque fois. Ce n’était jamais pareil. Ce qui était formidable à Palmyre, c’était l’ouverture et la liberté laissée aux visiteurs, aux historiens. Là-bas, aucune grille, aucun guichet. Si on le souhaitait, on pouvait passer la journée sur les ruines à examiner tout au moindre détail, et profiter du coucher de soleil seul ; mais aussi venir en pleine nuit un jour de pleine lune. C’est cette atmosphère quasiment inexplicable qui a pris mon cœur, et il est fendu désormais. »

Comme si le bien être d’Annie Sartre était dépendant de celui des Syriens et de leur pays. Et quand on lui demande si elle compte retourner dans son pays d’adoption, l’historienne répond : « Absolument, à la seule condition que le régime en place soit démocratique, et garantisse la paix aux Syriens. »

Alexandre Domingues

Écrit par Alexandre Domingues