« Mon corps m’appartient », une évidence pas si évidente

Imaginerait-on des hommes descendre dans la rue, arpenter les grands boulevards pancarte en main, pour réclamer le droit de disposer de leur corps ? Impensable… Pourtant, le spectacle d’une foule féminine qui manifeste pour cette même liberté est devenu un spectacle presque anodin.

Avons-nous malencontreusement sauté dans une machine à remonter le temps ? On ne s’étonnerait presque de ne plus se rendre au travail en calèche lorsque l’on entend les militants anti-IVG se révolter contre la contraception et l’interruption volontaire de grossesse. En 2017 (ou plutôt 1917), l’année des affiches anti-IVG, de Donald Trump et de son discours pro-vie qui culpabilise la femme, il est temps de revenir sur le combat mené pour parvenir à ce droit immuable de disposer de son corps. 

ll y a 42 ans, Simone Veil, alors ministre de la Santé, prend le micro à l’Assemblée nationale face à une tribune composée majoritairement d’hommes. Elle y expose pour la première fois un projet de loi qui révolutionnera l’histoire de la lutte contre les inégalités hommes/femmes : la loi Veil, qui vise à dépénaliser l’avortement. Le chemin a pourtant été long pour parvenir à ce droit fondamental. Avant 1955, la contraception n’étant pas mise au point, l’avortement reste le seul moyen d’éviter une grossesse non désirée. Mais dans les années 1950, l’avortement était toujours passible de peine de mort. Les infirmières qui s’adonnaient à ces activités illicites étaient surnommées les « faiseuses d’anges » et leurs patientes étaient jugées coupable de crime d’Etat.  

« J’ai avorté »

Si, en 1955, la pilule contraceptive est autorisée, la publicité en sa faveur reste interdite et elle dispose d’une faible visibilité. En 1971 la « tornade » 343 s’abat sur la France : le manifeste des 343 est une pétition signée par 343 femmes qui déclarent « J’ai avorté« . En s’affichant de la sorte, elles s’exposent des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. Un véritable appel à la liberté de disposer de soi qui ouvre la voie à la Loi Veil du 17 janvier 1975. 

La loi Vallaud-Belkacem du 4 août 2014 est le dernier pilier à l’édifice : elle supprime en effet la condition de détresse nécessaire au préalable à l’avortement et sanctionne toute entrave à la désinformation sur l’IVG. 

De quoi laisser penser que la partie était gagnée. Mais c’était sans compter sur Donald Trump et ses acolytes masculins, catholiques et biens portants, la Manif pour tous et les mouvements pro-life, qui représentent autant de retours en arrière. Pourtant, le combat continue : depuis quelques semaines hommes et femmes s’unissent pour tenter de protéger le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. 

Ainsi, après les déclarations sulfureuses de Donald Trump, la ministre néerlandaise Lilianne Ploumen a annoncé dans un communiqué qu’elle prendrait « l’initiative d’un fonds international pour offrir aux femmes dans les pays en voie de développement l’accès à de bonnes informations, à des moyens contraceptifs et à l’avortement ».

Anaïs Divoux

 

Écrit par iejpedago