Migrants : la difficile traversée de l’hiver

Lundi 18 décembre se déroulait la journée internationale des migrants. En 2016, 25.000 mineurs sont arrivés seuls sur le territoire français. Nous avons rencontré un jeune Ivoirien de 16 ans que nous appellerons Foussen pour protéger son identité. Rencontre.

Place de la République, 17h, il fait moins de zéro degré. Si la taille de Foussen est trompeuse, le jeune garçon n’a que 16 ans. Il paraît très maigre sous sa doudoune légère et usée. Il ne porte pas de pull en dessous. Ce jour là, il est en jean et c’est une paire de chaussettes fine cachées par une sorte d’espadrilles qui recouvre ses pieds. Il tremble et soupire. Il a froid et n’avait jamais vu de flocons tomber sur le sol, il vit son premier hiver. “C’est dur, très dur“, confie-t-il. Un bénévole lui a coupé les cheveux très courts, il a maintenant froid à la tête.

Rares sont ceux qui acceptent de revenir sur leur histoire. Pour la première fois, Foussen raconte sa fuite de Côte d’Ivoire. En venant en France, le jeune homme croit réaliser son rêve : grandir dans un pays libre de droits.

Après avoir traversé son pays puis la Libye ainsi que l’Italie, seul, sans famille, il est arrivé à Paris. Un voyage qu’il dit ne pas regretter pour l’instant mais qui lui a fait voir et vivre des mois de cauchemars dont il ne se réveillera jamais. “J’ai vu des choses dont je ne peux pas parler. Vous savez, la Libye est un pays en guerre, et quand il y a la guerre on sait ce qui se passe“. Ce sont les seules informations que nous aurons au sujet de la Libye. Un souvenir encore bien trop douloureux pour ce garçon qui n’avait à l’époque que 15 ans.

Pour rejoindre l’Italie, Foussen a dû monter dans un zodiac (un bateau gonflable) qui se remplit d’eau avec l’agitation de la mer. Ce matin-là, deux bateaux se sont dirigés vers l’Europe. Le premier n’est jamais arrivé. Il n’a jamais retrouvé son compagnon de voyage, son seul ami.

Quand le pire est à venir

Par chance, Foussen est logé chez un couple jusqu’à la fin du mois de décembre. Mais le plus difficile est à venir. Les journées les plus froides ne sont pas encore arrivées et pourtant il n’en peut déjà plus. Une nuit de plus dans le froid pourrait être celle de trop. « Quand vous voyez ce que nous font subir les Européens, après ce que l’on a vécu, ce que l’on a traversé, ce n’est pas possible », explique le jeune homme qui n’accepte pas de vivre dans de telles conditions, dans le pays des Droits de l’Homme. Cela fait déjà quelques mois que l’adolescent se fait balader de foyer en foyer, de centre d’accueil en centre d’accueil.

Il ne sait jamais ce qui peut se passer le lendemain. L’Etat l’abandonne, lui, mais les autres aussi. Ce n’est pas simplement fatiguant de bouger tous les jours, cela devient même handicapant car certains soirs, quand Foussen est logé en banlieue parisienne, il n’a pas le courage de se rendre à ses cours de français. Car pour l’heure, il ne sait ni lire ni écrire comme plus de 32 millions d’enfants en Afrique Subsaharienne, selon l’Unesco.

Pourtant il sait que son éducation est fondamentale. “Je vais aux cours de français dès que je peux, mais je ne suis jamais allé à l‘école avant. Je sais que je ne vais pas avoir un niveau très élevé », précise-t-ilDes bâtons dans les roues, Foussen en a au quotidien mais il ne lâche rien : « je sais qu’apprendre pourrait me permettre de m’en sortir. »

Juliette Thévenot et Lou-Anna Rossi

Écrit par IEJ3A