L’orientation au lycée victime des stéréotypes

Alors que des milliers de jeunes filles et de jeunes hommes de classe de Terminale vont bientôt devoir faire leurs choix d’orientation, ceux-ci seront sans doute globalement peu surprenants. Voici pourquoi.

La science aux garçons, la littérature aux filles. Ce n’est pas ce qu’on nous apprend — en tout cas consciemment — à l’école, mais c’est certainement ce qu’on y constate. Dans les filières littéraires, on ne trouve que très peu de garçons, autour de cinq sur une classe d’une trentaines d’élèves. Et si les filières scientifiques séduisent de plus en plus les filles, celles-ci ont tout de même du mal à s’y imposer.

Ces inégalités ne font que préfigurer celles qui suivront plus tard lors des études supérieures, et enfin dans le milieu du travail. Vous êtes vous déjà aventurés sur le campus d’une école d’ingénieur ? Êtes vous déjà entrés dans une classe préparatoire scientifique ? Ou littéraire ? Le ratio fille-garçon y est impressionnant.

Les chiffres du ministère de l’Éducation parlent d’eux-mêmes. Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, 74 % des élèves des filières littéraires sont des filles, pour 29 % des élèves de filières scientifiques. Quant aux ingénieurs, seulement 29 % des diplômes sont délivrés à des femmes. Alors que se passe-t-il ? Les filles ne seraient pas faites pour les sciences ? Biologiquement différentes ? Non, leur cerveau n’est pas plus apte aux langues et moins aux mathématiques. Elles ne sont pas moins intelligentes non plus. Au contraire. Les filles réussissent globalement mieux que les garçons à l’école. Elles font de meilleures études, au cursus plus long. Les garçons, eux, sont plus souvent en difficultés, obtiennent moins le baccalauréat, sortent plus souvent de formation initiale sans diplôme… Pourtant l’insertion professionnelle des filles reste plus limitée que celle des garçons.

Sensibilisation

Bien entendu, la situation évolue au fil des années. Mais elle reste néanmoins critique, révélatrice d’une inégalité profonde des chances. C’est pour cela que certains ont décidé d’agir et de lutter contre ce phénomène.

Le gouvernement, pour commencer, a mis en place de nouvelles mesures de sensibilisation. Il cherche à lutter contre les inégalités hommes-femmes dans l’enseignement avec des actions comme des rencontres avec des femmes dirigeantes, avec des femmes ingénieures, ou encore avec une semaine de sensibilisation à l’entrepreneuriat au féminin.

Ce sont aussi les enseignements qui doivent évoluer. En optant pour une histoire mixte par exemple, avec l’étude de figures historiques aussi bien masculines que féminines. Ou encore en rectifiant les manuels de SVT pour qu’ils véhiculent moins de stéréotypes de sexe et traitent des deux sexes de manière égalitaire.

Si tous ces changements sont en cours et que la situation progresse, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, le concédait elle-même l’année dernière : « Beaucoup reste à faire et les dernières analyses de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance illustrent notamment la persistance de parcours très différenciés entre filles et garçons et le paradoxe d’une réussite scolaire des filles qui ne se traduit pas dans l’insertion dans l’emploi« .

D’autres initiatives ont émergé en marge du gouvernement pour agir concrètement auprès des jeunes. C’est le cas par exemple du projet «  Déployons nos Elles « , qui organise des rencontres entre lycéens et travailleuses de métiers stéréotypés pour prouver que leur accès est possible à toutes.

Laureen Planchon, responsable du programme, explique que différents facteurs viennent influencer les choix d’orientation que ce soit « le milieu familial, scolaire, les publicités et références médias…« . Elle se rapproche également de la position du gouvernement, en s’attristant des manuels scolaires qui « ne référencent que 11% de femmes« . Alors quels résultats pour les actions menées par l’organisation ? « 30% des collégiens cherchent des informations sur les métiers après l’intervention dans une entreprise« , explique-t-elle. Mais elle concède que cela ne suffit pas. « Pour réellement faire évoluer les mentalités, il faudrait une longue suite d’expériences contraires aux stéréotypes, pas seulement quelques interventions de professionnels de temps en temps« . Conductrices de grues, directrices financières, informaticiennes, vont ainsi à la rencontre de collégiens pour leur présenter leur parcours.

L’idée générale de tous ces programmes, c’est donc de permettre d’avantage aux filles de pouvoir s’orienter vers des métiers stéréotypés, masculins, scientifiques. Il y a même une initiative du gouvernement intitulée « Donnons aux filles le goût des sciences…« . Mais pourquoi la réussite passerait-elle forcément par l’accès des filles aux domaines soi-disant masculin ? Pourquoi ne se pose-t-on jamais la question de donner aux garçons le goût des lettres ? Après tout, l’égalité d’orientation devrait aller dans les deux sens. Finalement, c’est peut-être notre vision de ce qu’est la réussite qui est à revoir.

Juliette Hirsch

Écrit par iejpedago