Loi sur le renseignement : les hackers ont déjà la parade

Dans la caserne de Reuilly, une trentaine de hackers expliquent à des néophytes comment surfer sur internet sous le radar. Pour eux, le projet de loi sur le renseignement est inapplicable. Reportage.

Rue de Reuilly dans le XIIème arrondissement de Paris, au sous-sol de l’ancienne caserne militaire, un squat s’est installé. Un squat particulier puisqu’il est tenu par des hackers. La pièce déborde de matériel informatique. Des écrans, câbles, ordinateurs portables sont entassés dans tous les coins. Bienvenue au « hackerspace ».

L'entrée du hackerspace sert de coin détente, nécessaire après des heures de codage. Crédits Jérôme Wysocki

L’entrée du hackerspace sert de coin détente, nécessaire après des heures de codage.
Crédits Jérôme Wysocki

« Tout est récupéré, les moteurs, les câbles, les tiges en métal » explique Julien, ancien électricien de 25 ans. Il travaille en ce moment sur une imprimante 3D conçue sur place. Prochain projet : fabriquer un drone. « Je fais la programmation chez moi, le reste ici. »

Impossible d'établir une liste complète du matériel récupéré.

Impossible d’établir une liste complète du matériel récupéré. Crédits Jérôme Wysocki

Au centre de la pièce, les hackers travaillent sur une table commune. Un routeur internet est suspendu dans les airs, tandis que des cables tombent sur la table, tels les lianes de cette jungle. L’équipe de bidouilleurs est surtout fière de connaître toutes les techniques pour surfer sur internet en dehors de toute surveillance, en particulier étatique.

Le projet de loi pose un cadre légal à la surveillance des communications. Les données de connexion, l’historique des utilisateurs, les métadonnées des communications et la géolocalisation… toute la vie numérique des suspects, mais aussi des citoyens sera scrutée. Les fournisseurs d’accès internet verront ainsi installées des « boites noires » dans leurs locaux afin de surveiller l’ensemble du trafic internet.

Une mesure facilement contournable pour Fab, la trentaine passée, veste en cuir, cheveux tressés sur le crâne : « Aujourd’hui on peut passer par un fournisseur internet à l’étranger, par un serveur VPN [pour Réseau privé virtuel, permettant de faire croire à une connexion localisée à l’étranger, NDLR], et crypter ses données. Ce n’est pas difficile et ça permet de ne pas être surveillé. »

« Impossible de tout surveiller »

Curieux plus ou moins néophytes viennent ainsi tous les mercredis au hackerspace demander des conseils à la fine équipe pour « protéger leur vie privée » en ligne.

Fergus crypte toutes ses communications pour protéger sa vie privée. Crédits Jérôme Wysocki

Fergus crypte toutes ses communications pour protéger sa vie privée.
Crédits Jérôme Wysocki

A gauche, « Fergus », les observent à travers ses lunettes. Cheveux long, étudiant et fan de métal, le projet de loi ne l’inquiète pas : « C’est juste un cadre légal à ce qu’ils font déjà. De toute façon, 80% du trafic passe par les Etats-Unis, on est donc déjà espionné par Prism« , lance-t-il, en référence au programme de surveillance massif de l’agence américaine NSA révélé par Edward Snowden. Résigné, Fergus opte tout de même pour un chiffrement de ses communications, l’utilisation d’un serveur personnel et une navigation en permanence sécurisée.

Pour les plus doués, Fab conseille d’opter pour une connexion internet par satellite, beaucoup plus difficile à surveiller, mais plus chère. « De toute façon cette loi est inutile, résume-t-il. « Il est impossible de tout surveiller. Les Américains, avec leurs moyens colossaux, n’y arrivent pas. Il y a trop d’informations à filtrer… Et la surveillance d’internet n’a pas empêché l’attaque à Charlie Hebdo » relativise Fab.

Pour Nicolas, 33 ans, professeur de mathématiques à Rouen, la surveillance d’internet reste impossible :  « Ils feraient mieux de s’attaquer au financement des groupes terroristes, ils auraient moins de travail… »

Jean-Rémy Dubois

– Le hackerspace de la caserne de Reuilly accueille tous les curieux le mercredi soir à partir de 20 heures, en tout cas jusqu’à juillet.

Écrit par lesfleursdumal