Pourquoi il faut se pencher sur la radicalisation en prison

Après les attentats de janvier, le phénomène de radicalisation islamiste en prison est pointé par la lutte anti-terroriste. Selon un rapport du député Guillaume Larrivé, plusieurs centaines d’individus pourraient se radicaliser derrière les barreaux. Un phénomène qu’entend endiguer le projet de loi sur le renseignement.

prison léa

La France fait face à un prosélytisme islamiste (accessible via internet) de plus en plus discret et silencieux. C’est ce qu’affirme Guillaume Larrivé, député UMP de l’Yonne et ancien bras droit de Brice Hortefeux au ministère de l’Intérieur, propose la création d’un véritable service de renseignement pénitentiaire (SRP) rattaché au ministère de la Justice. En somme, il souhaite que l’administration pénitentiaire soit « autorisée à recourir à certaines des techniques spéciales, au service de certaines finalités », c’est-à-dire empêcher la constitution de cellules terroristes ou la préparation d’actes terroristes par des personnes isolées.

Ce plan d’action se décline en quatre axes :

  • renforcer les effectifs du renseignement pénitentiaire,
  • utiliser des micros dans les lieux de détention,
  • se doter d’une capacité d’opposition au discours islamiste radicale (via la formation des aumôniers),
  • élaborer un programme pluridisciplinaire anti-radicalisation.

Une religion « visiblement » effacée

Alors que la liberté de culte en prison est garantie en France selon la loi pénitentiaire, la radicalisation à l’islam connait une mutation et une accélération. Jusqu’en 2010, elle apparaissait comme visible, facilitée par la présence de signes ostentatoires (port de la barbe ou de la djellaba), des appels à la prière collective en dehors des heures ou des attitudes de défi à l’égard de l’administration.

Désormais, elle a laissé place à une propagation bien plus discrète et difficile à repérer. Cette stratégie de dissimulation est théorisée par certains radicaux sous le nom de Taqyia, mot qui désigne la permission faite aux musulmans vivant dans des pays en guerre de dissimuler leur foi et d’en violer les préceptes pour mieux la défendre face aux infidèles.

Mais si le radicalisme se fait silencieux, il n’en est pas moins la religion incontournable en prison. Aurélie Bellier, avocate à la prison de Fresnes confie à IEJ News : « La prison est un lieu de non-droit, c’est la loi du plus fort. Et il est souvent préférable pour les nouveaux arrivants de dire qu’ils sont de religion musulmane et de rapidement se radicaliser s’ils ne veulent pas finir en souffre-douleurs. »

Elle ajoute : « Le gouvernement devrait interdire toutes religions dans les prisons. Rendre la prison laïque. Ce serait déjà un bon commencement pour endiguer le problème. »

Antécédents

Le phénomène de la radicalisation islamiste n’est pas tout neuf. La problématique est apparue il y a 20 ans, avec l’incarcération d’individus du Groupe Islamique Armé (GIA) et de salafistes originaires de banlieues qui ont réussi à contaminer de nombreux délinquants, notamment Khaled Kelkal, auteur de plusieurs attentats terroristes en 1995, ou dix ans plus tard Mohamed Merah (Toulouse) et Mehdi Nemmouche (Bruxelles). Plus récemment, Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly se sont radicalisés à la prison de Fleury-Mérogis, par l’intermédiaire de Djamel Begahl, islamiste condamné pour un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris.

Léa Sassi

Écrit par camao