L’Espagne est-elle ingouvernable depuis hier ?

Le roi d’Espagne Philippe VI fait face à la crise de la Catalogne (crédit photo : Cancillería Ecuador)

Hier soir, les résultats tombés et les trois partis indépendantistes (ERC-Catsi, Ensemble pour la Catalogne, CUP) ont obtenu, à peu de chose près, la majorité au Parlement Catalan, menaçant encore une énième fois Madrid. 

Samedi à 13 heures, le Real de Madrid reçoit le FC Barcelone dans un Classico qui dépassera encore un peu plus le simple monde du football. Sans nul doute que le match sera âpre et incontrôlable, peut-être à l’image de l’Espagne qui retrouve ses vieux démons de 1931. Avant la Guerre Civile de 1936, la Catalogne avait déclaré son indépendance cinq ans auparavant pour se libérer de la monarchie et s’épargner un nouveau pouvoir, celui de la République.

A la chute de Franco et l’arrivée de la monarchie parlementaire en 1975, la Catalogne ne s’est jamais pliée à l’état régional mis en place, se jugeant au-dessus du lot sur tous les domaines et voulant depuis plus de 30 ans son indépendance. Hier donc, la crise séparatiste qui vole au dessus du pays depuis plus d’un siècle semble désormais être de plus en plus proche.

Une majorité qui pèse lourd sur le gouvernement espagnol

Les trois partis indépendantistes se partagent désormais 70 sièges et s’approprient la majorité. Carles Puidgemeont pourrait lui, grâce à ce score, reprendre son poste de président de la Région. Sa déclaration sur Twitter «La République Catalane a vaincu la monarchie de [l’article] 155 [de la Constitution]. Maintenant, il faut rectifier, réparer et restaurer. La recette que Rajoy a vendu à l’Europe a échoué. Qu’il en prenne note» n’annonce rien de coopératif.

 

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Car, il est vrai que le résultat du PP (Parti Populaire), la formation politique du premier ministre Mariano Rajoy effleure le ridicule. En une élection, celui qui doit assurer le relais entre Madrid et Barcelone est passé de 11 sièges à 3 seulement. A noter, que c’est plus de 2 millions de Catalans qui se sont déplacés. Cette participation de 81,93 %, montre à quel point la cassure entre le pouvoir et les jeunes générations est importante.

Le résultat ne concerne pas seulement le parti, mais il concerne toute l’Espagne. Comment le Roi, Felipe VI et le gouvernement vont réagir. Il y a plus que jamais toute une région qui veut s’émanciper et elle a de quoi. Économiquement parlant, c’est la région la plus attractive du pays, et Barcelone, avec son port ouvert sur la belle bleue, est l’un des plus bel avantages de l’Espagne contre lequel les autres régions ont du mal à répondre.

La cassure est donc plus qu’évidente, avec une Constitution menacée, les deux régions fortes et porteuses de l’Espagne, celle de Madrid et celle de Barcelone sont officiellement séparées politiquement. Il faudra laisser passer les fêtes et engloutir les douze raisins pour apaiser un pays incontrôlable et coupé en deux.

Benjamin Teil

Edité par Elisa Prejeant

Illustré par Mané Alexanian

Écrit par IEJ3B