Les VTC au bras de fer contre Uber

Après un mois de décembre agité pour les chauffeurs VTC, la trêve décrétée pendant les fêtes par les représentants syndicaux a d’ores et déjà pris fin.

La grisaille et le froid ne les ont pas empêchés de venir manifester leur mécontentement devant les locaux du géant Uber, dans le XIXème arrondissement parisien. Eux, ce sont les chauffeurs VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur), venus réclamer en premier lieu une revalorisation financière. Toute la matinée, dès 9h du matin, ils se sont relayés dans la bonne humeur, assurant une trentaine de personnes en permanence, surveillés par des policiers en faction qui leur barraient l’entrée aux locaux d’Uber. Les berlines de rigueur pour travailler en tant que VTC sont garées, plus ou moins bien, sur la petite place. Le mot d’ordre n’est pas de déranger la circulation. Et puis, la mobilisation n’est pas assez importante, au contraire du 17 décembre dernier : plus de 300 chauffeurs avaient organisés des barrages filtrants sur les principaux axes routiers conduisant aux aéroports de Roissy et Orly, dès 6h du matin. Comparativement, la trentaine de chauffeurs rassemblés ce matin paraît minime.

Devant les locaux d’Uber, rue de Cambrai

« On ne peut pas continuer comme ça » déclare de but en blanc l’un des chauffeurs, attiré par l’appareil photo. Son collègue, un peu en retrait, opine du chef. « Uber nous a vendu du rêve. Ils nous ont fait miroiter de bons salaires, pour un boulot dur mais honnêtement récompensé, et maintenant que leur réputation est faite, ils augmentent leurs commissions. ». Nouveau hochement de tête du collègue. En 2014, la commission prélevée par Uber était de 20% sur chaque course. Elle est passée à 25% le 8 décembre dernier.

En vérité, la plateforme, qui a bataillé dur pour pouvoir s’établir en France, notamment face au blocage des taxis, a finement joué. « Au début, ils engageaient des mecs de banlieue, ils proposaient du travail à ceux qui n’en avaient pas, avec un vrai salaire. ». Et ces nouveaux chauffeurs, qui se sont multipliés ces deux dernières années, sont vite devenus les fers de lance de l’établissement d’Uber en France, puisqu’au cœur des négociations entre l’Etat. Dans une période où le chômage inquiète fortement, 10 000 nouveaux emplois créés n’étaient pas négligeables, et ont à coup sûr pesés dans la balance.

La commission prélevée par Uber sur une course

C’est justement cette trahison qui passe mal. Le ressentiment est palpable, et finit par en motiver certains à « bouger à Aubervilliers », là où Uber recrute ses nouveaux chauffeurs. Prévenus, les employés ne sortiront pas leur nez de leurs bureaux, devant lesquels une dizaine de policiers en tenue anti-émeute sont postés. Quelques jets d’œufs sur le logo devant la porte, et la situation en restera là, en attendant un rassemblement massif le 16 janvier prochain.

Julien Harel

Écrit par Julien Harel