Les Ultras du Parc doivent encore convaincre

C’est une période de 6 ans qui s’est achevée le 1er octobre dernier lors d’un match face à Bordeaux. Le Parc des Princes a retrouvé ses Ultras et l’ambiance qui va avec. Mais ce retour est-il vraiment perçu par tout le monde comme une bonne nouvelle ?

Au printemps 2010, Robin Leproux, alors président du PSG, décide de dissoudre les groupes d’Ultras. Il met alors fin au regroupement des plus fervents supporters, ceux sans qui l’ambiance propre au Parc des Princes (chants, fumigènes, etc.) n’aurait peut-être jamais vu le jour. Une décision prise alors que les affrontements violents entre supporters du club parisien se sont banalisés et ont provoqué la mort d’un supporter en février 2010, avant un match PSG-OM. « A la mort de Yann Lorence, l’événement a été très largement commenté par la presse et les politiques, commentait alors Robin Leproux pour le site Virage ParisJe me souviens d’éditoriaux qui disaient qu’il fallait dissoudre le PSG, qu’il fallait empêcher le PSG de jouer les coupes nationales car les villes qui l’accueillaient étaient en état de siège. » Robin Leproux, soutenu par les pouvoirs publics, instaure donc un plan qui prendra son nom et mettra fin, entre autres, au regroupement des supporters en tribune. C’est alors la fin des Ultras au Parc.

Un retour progressif

En six ans, bien des choses ont changé. Le Paris Saint-Germain a réussi à assainir ses tribunes et le club a été racheté par les actuels propriétaires qataris en 2011. Durant cette période, l’ambiance a été fortement mise à mal, le Parc des Princes attirant davantage de familles et d’enfants. Cette logique a été voulue lors de la mise en place du plan Leproux. « (J’ai souhaité) qu’on fasse des demi-tarifs pour les femmes, gratuit pour les enfants de moins de 16 ans, qu’on fasse des tribunes familles, etc., parce que je voulais qu’on attire une population qui puisse venir au stade sans violence », poursuivait Robin Leproux dans la même interview. Cela a marché et malgré la présence de nombreuses forces policières, l’atmosphère est devenue plus calme, plus apaisée.

Entre les violences sauvages de jadis et l’absence totale d’ambiance d’aujourd’hui, les propriétaires qataris ont voulu trouver un compromis, un juste milieu. Pour cela, le président du PSG, Nasser Al Khelaifi, a rapidement envisagé un retour des Ultras au Parc des Princes.

Création du CUP

En février 2016 s’est créé le CUP (Collectif Ultras Paris). Un regroupement de plusieurs ultras qui ont déserté le Parc à la suite de l’instauration du plan Leproux et de supporters enclins à vouloir donner de leur voix pour animer le virage Auteuil du Parc. Les discussions entre les dirigeants du club et le président du Collectif aboutissent à un retour progressif des supporters dits « Ultras ». « Tout est allé très vite, nous avons été contactés par Jean-Claude Blanc (directeur général du PSG, ndlr) qui nous a dit que Nasser (Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG, ndlr) et le club souhaitaient qu’on revienne, raconte Mickael Da Silva, ancien abonné du Virage Auteuil et membre du CUP. Nous avons très vite retrouvé la tribune après de longues négociations. »

 

« À la moindre erreur, on sait qu’on sera remis dehors »

Le jeune homme a retrouvé la tribune le 2 octobre dernier, pour la première fois depuis mai 2010. « Le stade est très différent : les travées, les odeurs, les sièges, tout a changé et pourtant en quelques minutes, je me suis senti comme chez moi », explique-t-il. Après six années de boycott et de lutte pour revenir et soutenir l’équipe de son cœur, Mickael a « enfin eu le droit de retourner kiffer en tribune ». Pour cette rencontre entre le PSG et les Girondins de Bordeaux, il faisait partie des 200 Ultras autorisés par le club à se réunir dans la tribune Auteuil. Avec leur retour, l’ambiance est soudainement revenue au Parc des Princes.

Pour avoir la permission de se réunir (pour le moment en tribune Auteuil uniquement), les membres du CUP, qui revendique plus d’un millier d’adhérents, ont dû accepter un cahier des charges assez lourd, détaille Mickael Da Silva : « Il fallait faire cela dans les règles imposées par le PSG. C’est normal, ils y mettent du leur, on doit faire pareil. Tout ce qui est violence, fumigène, etc. sont complètement interdits. Les leaders du groupe font eux même la ‘police’ pour qu’il n’y ait pas de débordement pendant les matchs. A la moindre erreur, on sait qu’on sera remis dehors. »

La peur du passé…

Parce que si le retour des Ultras est pour le moment une réussite, il ne plaît pas à tout le monde, la préfecture de police en tête. En effet, le préfet de Paris avait été consulté par la direction du Paris Saint-Germain concernant ce retour et avait émis un avis défavorable.

Hormis la préfecture, d’autres personnes ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée des Ultras. C’est le cas de Stéphane Darmon, abonné depuis deux ans à la tribune Auteuil : »J’ai pris mon abonnement à Auteuil parce que c’était le moins cher, explique ce père de famille qui assiste aux matchs avec son fils de 11 ans. Je n’y allais pas pour chanter et, avant le retour des Ultras, cela ne posait de problème à personne. Mais aujourd’hui, à Auteuil, il faut chanter. » Au-delà de ce changement, qui peut sembler anecdotique, Stéphane a aussi quelques craintes : « Je connais très bien le passé des Ultras du PSG, je ne dis pas qu’ils sont tous violents mais si à un moment cela part en vrille en tribune, comment est-ce que je ferai avec mon gamin ? », s’inquiète-t-il.

Pour les parents de Yann Lorence, la même peur des débordements prédomine. « C’est une véritable bêtise. On va commencer par réintégrer des gens non violents, et les violents vont revenir », commentaient-ils à la sortie du procès qui a abouti à une peine de prison de 5 ans de l’un des suspects de la mort de leur fils.

…mais l’envie de tourner la page

Mais, pour le moment, les membres du CUP se tiennent très bien et l’ambiance est à chaque fois un peu meilleure. De quoi réjouir quand même David, étudiant de 22 ans et habitué du Parc depuis plusieurs années. « C’était impossible de continuer avec le délire d’avant (sic). Les fights, les morts… Cela nuisait à l’image du club et les gens comme moi avaient peur de se rendre au Parc parce qu’on n’était jamais sûr de l’ambiance à laquelle on allait être confrontés en sortant du stade ». Mais aujourd’hui, même s’il note de nombreux axes d’amélioration, il se dit « heureux et soulagé » de retrouver « son » Parc, de nouveau bruyant.

Le dimanche 11 décembre dernier, à la fin du match entre le PSG et Nice, les Ultras sont restés encore quelques minutes à l’intérieur du stade pour chanter, comme pour rattraper le temps perdu. En sortant de la tribune Auteuil, on se rend très facilement du côté de la tribune famille, la « F », réservée aux enfants. Et les parents qui accompagnent leurs bambins au sein de cette tribune se disent dans la grande majorité satisfaits du retour des Ultras et n’ont pas peur de possibles débordements. Eric, un père de famille qui a accompagné son fils au match, est « plutôt content qu’il y ait de nouveau de l’ambiance ». « Quand j’étais plus jeune, c’était très violent et je n’aurais jamais imaginé envoyer mon fils au Parc, sourit-il. Ah non, vraiment impossible…. »

Le tifo (photo) réalisé ce soir-là témoigne d’un véritable pas en avant vers une ambiance chaude et apaisée, loin des violences nuisibles du passé. Ce n’est pas une garantie que tout sera rose demain, mais bien l’acte fondateur d’une renouveau qui laisse espérer de belles promesses.

Amaury Bachelier et Maxime Trouleau

Écrit par iejpedago