Les JO 2024, sauveurs de la Seine-Saint-Denis ?

La Seine-Saint-Denis est souvent désignée comme le département francilien en difficulté. Les contextes économiques et sociaux font que le 93 est presque devenu le «ghetto» de l’Ile-de-France. Cependant, les possibles Jeux olympiques 2024 peuvent totalement relancer le département, qui n’espère que cela depuis bien longtemps.

Située au nord-est de Paris, la Seine-Saint-Denis est un légendaire bastion communiste. Le département est aussi connu pour sa population dense et riche par sa diversité, mais il a cependant une réputation des moins glorifiantes.
En effet, les dynamiques économiques et sociales font partie des plus négatives en France. Le taux de chômage est élevé, dû à un faible niveau d’éducation plus faible. De plus, la sécurité y est devenue un problème presque insurmontable. Face à ces éléments, on se demande comment la Seine-Saint-Denis peut aider Paris à obtenir les JO 2024.
La capitale française en est à sa troisième candidature. Trois échecs, mais un quatrième n’est certainement pas envisageable. Le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) et la mairie de Paris ont établi un dossier où les différents aspects sont respectés, voire améliorés. La maire Anne Hidalgo compte utiliser toute l’Ile-de-France, les nouveautés du Grand Paris, et un bénévolat de masse.
Le 93 dispose de beaucoup d’aspects pouvant aider cette candidature. Ces possibilités territoriales, d’infrastructures ainsi que sa location en font le lieu parfait pour être le point culminant de cet événement planétaire. La mairie de Paris mise donc beaucoup sur ce  département à la peine.

 

Les années 2020 : relance économique pour le 93 ?

C’est l’une des sources majeures des problèmes du département : la conjoncture économique.
Si cette formule est utilisée pour le court terme, elle prend une autre dimension quand on évoque la Seine-Saint-Denis, en difficulté depuis une vingtaine d’années.
Pourtant, ce constat peut paraître paradoxal. Le département dispose de plusieurs pôles aux grands potentiels.
Entre les zones aéroportuaires Paris-Charles-de-Gaulle et du Bourget, le secteur central de recherche entourant Saint-Denis et les différentes plates-formes de travail tertiaire, le 93 possède l’un des plus grands centres économiques du pays.
Plus de 8000 entreprises y sont créées chaque année. Cette augmentation devrait améliorer l’économie du département, mais il n’en est rien.

L'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. (Photo : Wikipedia/Fyodor Borisov)

L’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. (Photo : Wikipedia/Fyodor Borisov)

Le taux de chômage ne fait qu’augmenter depuis près de six ans (près de 17% alors que le taux régional est de 9%).
Si la crise de 2008 a eu un impact sur chaque département du pays, le problème vient de plus loin. En effet, un emploi sur deux est occupé par un actif résidant dans le département. Le nombre de demandeurs d’emploi augmente donc logiquement. Face à ce fléau, le 93 ne peut être qu’en difficulté. Pourtant, la sortie de crise n’est pas si loin que ça.
Les Jeux constituent l’événement sportif le plus important économiquement. Si les dépenses sont les plus importantes, les conséquences positives existent également. Les JO 2008 de Pékin ont provoqué la création d’1,8 millions d’emplois, ceux de 2012 à Londres, un peu moins avec 300 000. Si le dossier de candidature inclut le 93 comme zone principale de la compétition avec l’aéroport, le stade, le village olympique, et le pôle média, la Seine-Saint-Denis en sortirait grande gagnante. Le sport et l’économie feraient ainsi bon ménage.

 

Comment le 93 peut se sortir d’une crise sociale de 20 ans grâce aux JO

Quand on évoque le 93 au reste de la France, les mêmes réponses reviennent : «ghetto, danger, meurtre, cités, règlement de compte». Voilà ce qu’est la Seine-Saint-Denis depuis quelques années, une zone des moins rassurantes. Le département possède huit des villes les plus dangereuses du pays avec une sensibilité de niveau 1 (Aulnay-sous-bois, Montfermeil, Clichy-sous-bois, La Courneuve, St-Denis, Aubervilliers, Epinay-sur-Seine et Pierrefitte-Stains). Sept autres sont de niveau 2. Le 93 est devenue une véritable zone à risque. La délinquance y règne, l’insécurité aussi. Les taux de criminalité et de violence sont des plus élevés en Europe, c’est pourquoi les jeunes cherchent à quitter le département dès qu’ils le peuvent.

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La Courneuve et Aubervilliers font partie des huit villes à sensibilité de niveau 1. (Photo: Wikimedia/Geralix)

 

Aucun signe d’amélioration dans le viseur de la Seine-Saint-Denis… Jusqu’à cette candidature de Paris pour les JO 2024. L’événement sportif peut être le signe du grand changement. Tout d’abord, l’immobilier pourrait prendre une nouvelle dimension. Depuis près de 40 ans, des cités poussent chaque mois aux quatre coins du département. Les Jeux et son besoin de belle image favoriseront la création de résidences privées ou non, aux designs innovants. Ensuite vient la question de l’esprit d’une population.
La lassitude a gagné celui des Séquano-Dionysiens. Jusqu’alors, l’absence de changement et la jalousie vis-à-vis du développement des zones voisines culminent. En observant l’exemple londonien de 2012, on voit clairement un enthousiasme revenu, une dynamique nouvelle. C’est aussi là que le 93 y gagnerait. Le climat social changerait du tout au tout, ce qui rendrait service au département mais aussi à la région et au reste du pays. En effet, la Seine-Saint-Denis est le premier lieu que les touristes entrevoient à la sortie de l’aéroport. Alors, peut-il devenir la vitrine de la région parisienne pendant et après les Jeux olympiques ? Cela semble difficile mais pas irréalisable. Si l’amélioration économique est suivie de l’aspect social, le blason du département brillera de nouveau.

 

Le sport : nouveau centre d’intérêt       

Le sport a une place importante en Seine-Saint-Denis. Le département possède un peu moins de 1900 clubs sportifs et 105 000 licenciés. Une popularité qui n’existait pas avant les années 90. L’obtention de la Coupe du monde de football 1998 a tout changé.
La candidature française s’étant engagée à construire un stade digne de cette compétition, le Stade de France naît.
L’enceinte, aux 80 000 places, doit accueillir les grands matches de la compétition, des équipes de France ainsi que les futurs meetings d’athlétisme. Cependant, un moment vient changer l’histoire. Le 12 juillet de la même année, les Bleus deviennent champions du monde de football. Un événement qui bouleverse la France désormais incarnée par l’expression «black-blanc-beurre».
Les jeunes de Seine-Saint-Denis s’inscrivent alors en masse dans des clubs sportifs, rêvant de devenir les futures idoles d’une population enthousiaste. Malheureusement, cette belle dynamique des années 90 a disparu. Certes, les jeunes s’étendent désormais vers plus de sports mais l’intérêt porté y est faible. Seuls le football et sa coupe du monde persistent.

Le Stade de France (Photo: Citizen59/Flickr)

Le Stade de France vu du ciel. (Photo: Citizen59/Flickr)

La candidature de Paris pour les Jeux 2024 tombe comme une bénédiction pour les différentes organisations sportives du département. Une quinzaine olympique pourrait ramener la population aux sports. Les avantages potentiels sont multiples : augmentation des licenciés, des publicités, nouvelles infrastructures… La FSGT 93 (Fédération Sportive et Gymnique du Travail) souhaite cependant un aspect collaboratif dans le cadre de ces Olympiades. «Ces JO ne doivent pas être seulement ceux du CNOSF et de la mairie de Paris. Les sportifs et les habitants de la région parisienne doivent également être consultés. C’est ainsi que cet événement sera un succès», estime Clément Remond, dirigeant de la FSGT en Seine-Saint-Denis.
L’olympisme de 2024 retrouverait l’aspect fédérateur de 98, le sport reviendrait au sommet dans le 93.

L’organisation des Jeux Olympiques 2024 à Paris peut donc relancer l’économie et redorer le blason d’une Seine-Saint-Denis en difficulté depuis une vingtaine d’années. Si la candidature parisienne est un succès, le 93 ne sonnera plus comme une erreur de la capitale.

Rudy Liméa

Écrit par rtf