Les JO 2024 à Paris, nous y étions (3/4)

À la manière des short stories des quotidiens anglo-saxons, nous vous proposerons un chapitre par jour de «JO 2024, nous y étions». Une fiction chauvine à souhait visant à se projeter dans un monde utopique, où Paris organiserait les JO en 2024, le tout en essayant de rester cohérents. En d’autres termes, nous avons écarté les inventions futuristes pour éviter que le récit ne prenne des allures d’écrit d’invention d’élève de CM2.

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Chapitre 3 : un nouveau roi

Faux départ au couloir numéro 7. Terrible pour le Japonais Ikami Mimamoto, en larmes. Compréhensible, tant on imagine les années d’entraînement. C’est salué par une foule pleine d’empathie que le natif de Kyoto rentre aux vestiaires. Toujours en-deçà du monde qui les entoure, les coureurs se replacent, quasi frénétiquement. Le tension est palpable. Chacun doit ruminer à l’idée d’être le futur Mimamoto. Sur un centième de seconde, tout peut se jouer. La victoire comme la défaite. «On your marks. Ready. Set. Go.»

D’un seul homme, les six rescapés s’élancent. Bon départ de Nanta, qui prend immédiatement la tête. Reste désormais à tenir la distance. Huit secondes pour changer à jamais une vie. Dans le néant comme dans la gloire. À mi-parcours, le Niçois voit le Jamaïcain Kingston Hadfield, le prodige de l’école Powell, remonter à sa hauteur. Les deux champions jouent mentalement des coudes. Surtout, ne pas regarder derrière. À moins de 50 mètres, il y a la médaille. Ils sont à présent seuls. Les cinq autres sprinteurs ne se battent désormais que pour une consolante 3e place. Ils le savent. Elliot Nanta le sait. Cette victoire, à Paris, en France, chez lui, elle sera sienne. À moins de 10 mètres, il puise dans ses dernières ressources. Maintenant, tout se joue au mental… Et à la chance. Lui comme Hadfield sont à la limite de la lucidité, et ce n’est qu’une question de secondes avant que l’un ne tourne de l’œil.

Victoire de Nanta. Les commentateurs et des millions de Français, scotchés à leur écran plat, exultent. Sur le parvis de l’Hôtel de ville, la France rugit. L’enfant du pays, le prodige, l’espoir, siège désormais sur le toit du monde. Temps de l’ascension : 7.90. Le record n’est pas battu. Mais ce n’est que détail. Le Jamaïcain, effondré, est relevé par Nanta. Le respect avant la célébration, toujours. Les photographes se ruent sur les deux athlètes enlacés. Ils tiennent désormais leur une du lendemain.

Les caméras sont braquées sur Andros Nanta. Gros plan, plan américain, le médaillé se sait épié de toutes parts. Il prend à parti l’une d’elles. Sur ces lèvres, on lit : « C’est pour toi, Camille. Je ne t’oublie pas. Je te l’avais promis ». Camille, c’est Camille Muffat. La championne de natation française, décédée brusquement dans un crash d’hélicoptère en mars 2015.

Traditionnellement, l’éternel Nelson Monfort s’accapare le français, et lui demande son ressenti.

« Je n’en reviens pas. Moi, le petit provincial, aujourd’hui devenu roi. Il va me falloir du temps avant de réaliser.

– Sur vos lèvres, tout à l’heure, on lisait « Camille ». À qui faisiez-vous référence ?

– Camille Muffat. On s’était promis de finir champions. Elle l’a été, et le restera toujours. Si j’ai gagné aujourd’hui, c’est parce qu’elle veille sur moi. Je le sais. »

À suivre le 13/03

Mehdi Karam

Écrit par mmy