Les Grandes Écoles s’invitent dans le débat présidentiel

Remettre sur les rails le système universitaire français, c’est l’objectif que s’est fixé la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) en publiant ses mesures phares à l’attention des candidats à la présidentielle de 2017. 24 au total, mais 3 concernant uniquement le premier cycle universitaire : Mettre en place une véritable politique d’orientation, développer de nouvelles formations courtes et professionnalisantes ou doubler le nombre d’apprenti d’ici 2025. Mais ces mesures ont-elles été reprises dans les programmes des candidats ?

En France, seulement 41% des élèves en premier cycle de licence accèdent à la deuxième année contrairement aux IUT qui atteignent un taux de réussite de 71%. Mauvaise orientation, inadaptation au système universitaire ou formation trop théorique, les raisons de ce décrochage sont nombreuses. Alertés par la CGE, seulement quelques candidats ont pris en compte ces propositions.

Eviter les mauvais choix d’orientation

Premier angle d’attaque : l’orientation. « Les élèves au lycée ne sont pas assez encadrés. Lorsque c’est la période d’APB (Admission post Bac), les lycéens qui n’ont pas de plan pour les études supérieures choisissent le plus souvent la Fac, même s’ils savent très bien qu’ils n’iront pas jusqu’au bout », explique Catherine Dugarin, professeure d’économie au Lycée Uruguay France à Avon. Pour remédier à cette situation, la CGE propose de former les enseignants pour conseiller plus activement les élèves dans leur orientation et mieux les accompagner vers le monde du travail. La CGE souhaiterait aussi que le prochain président intègre les entreprises dans le processus de découverte des métiers.

Une proposition reprise presque mot pour mot par François Fillon dans son programme. Marine Le Pen, elle, souhaite créer un service public national d’orientation, à l’instar du CIO (centre d’information et d’orientation), qui permettrait un suivi des élèves de la sortie du collège jusqu’à l’insertion professionnelle. Emmanuel Macron veut « penser de manière cohérente les années bac-3 à bac+3 » sans donner plus de détails.

Lutter contre le décrochage scolaire

La première année d’université aujourd’hui c’est : moins d’1 élève sur 2 qui réussit la première fois, 26% qui redoublent et 32% qui abandonnent. Certains dénoncent « une sélection par l’échec »» mais les universités n’attirent plus autant qu’avant. Pour redonner de l’intérêt à la formation universitaire et lutter contre l’abandon en 1ère année, des nouvelles formations (équivalente à une licence, ndlr), plus courtes et adaptées aux besoins des entreprises qui permettraient d’envoyer plus rapidement les jeunes sur le marché du travail sont mises en avant. En intégrant, des stages ou de l’apprentissage à ces formations, la CGE espère redorer l’image des universités.

Largement reprise par le candidat d’En Marche, Emmanuel Macron fait de cette proposition un point principal de son programme sur l’éducation. L’ancien ministre propose des formations à BAC +2 orientées vers le besoin des entreprises locales pour « ouvrir des diplômes dont la validation serait l’insertion sur le marché professionnel « . Pour venir en aide aux étudiants redoublant ou en difficulté Marine Le Pen, veut mettre en place un « contrat de réussite », une mesure peu révolutionnaire car le contrat rassemble la plupart des mesures du « plan réussite licence  » déjà existant.

 

L’expérience professionnelle

« Aujourd’hui, les entreprises qui recrutent des jeunes employés sans aucune expérience sont de plus en plus rares », selon Christelle Hare, conseillère d’orientation au lycée François Couperin. Les grandes écoles veulent donc augmenter considérablement le nombre d’apprentis et de stagiaires parmi leurs élèves pour assurer un débouché à la sortie du diplôme et redonner l’envie aux étudiants de passer par le cursus universitaire. « Le cycle universitaire souffre d’une image théorique, beaucoup de lycéens passent dans mon bureau et m’expliquent qu’ils ne veulent pas passer 3 ans à suivre des cours magistraux, ils s’orientent donc vers des filières comme les BTS ou les IUT car elles sont moins longues et les étudiants réalisent des stages », conclut Christelle Hare.

Sur ce point, presque tous les candidats s’accordent : le nombre d’apprentis doit doubler d’ici 2025. Cependant, les moyens d’y arriver varient selon le candidat. Marine Le Pen préconise une réforme de la taxe d’apprentissage pour favoriser les embauches. François Fillon veut que la formation professionnelle démarre dès l’âge de 15 ans. Emmanuel Macron souhaite que les étudiants soient orientés vers les commerces locaux. Et Manuel Valls veut favoriser les apprentissages à l’étranger en créant une dizaine de campus internationaux.

Cette alerte n’aura donc pas fait grand bruit au sein du débat présidentiel. Certains candidats comme Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Sylvia Pinel ou Philippe Poutou ne mentionnent pas ces propositions. Néanmoins, La majeure partie des candidats à la primaire de la gauche n’ayant pas publié leur programme définitif, ils n’ont pas désiré se prononcer. Le débat évoluera peut-être en janvier prochain.

Romain Philips

Écrit par iejpedago