Les emplois fictifs, un mal bien connu en politique

François Fillon, le candidat Les Républicains à la présidentielle, est dans la tourmente depuis la révélation des emplois présumés fictifs dont sa femme et ses deux enfants auraient bénéficié. Ce genre de pratiques empoisonne la vie politique depuis plusieurs années. Retour sur les précédentes affaires. 

Qu’appelle t-on un « emploi fictif » ? C’est un poste pour lequel on touche une rétribution sans effectuer les missions requises par la fonction. D’anciennes têtes d’affiches de la droite, de la gauche mais aussi du Front National sont coutumières du fait. 

Jacques Chirac et Alain Juppé : la Mairie de Paris

C’est une affaire en deux volets. Entre 1988 et 1995, Jacques Chirac est maire de Paris. Pendant son mandat, des membres permanents du RPR sont accusés d’avoir été rémunérés abusivement par la ville alors qu’ils travaillaient en réalité pour le parti gaulliste. Le premier accusé est l’ancien secrétaire du RPR au moment des faits puis l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé. En 2004, il est condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. 

Quant à Jacques Chirac, bien que protégé jusqu’en 2007 par l’immunité présidentielle, il est rattrapé par la justice en 2011. Accusé de « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « prise illégale d’intérêt » pour 19 des 28 emplois fictifs à la Mairie de Paris, il écopera de deux ans de prison avec sursis. Le tribunal a estimé qu’il avait sciemment organisé un détournement de fonds au profit de son parti et au service de ses ambitions.

Les époux Tibéri

Le successeur de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, Jean Tibéri, a également été accusé d’avoir attribué un emploi fictif. C’est Xavière Tibéri, son épouse, qui en aurait bénéficié pour le compte du Conseil général de l’Essonne. Même si la procédure sera finalement abandonnée en 2001 pour vice de forme, la femme de l’ancien maire aurait touché 32.000 euros via cet emploi. L’ancien maire de Paris se défendra en dénonçant « un scénario écrit il y a plusieurs jours […] qui dépasse l’entendement. »

Jean Christophe Cambadélis et la MNEF

Le secrétaire du Parti Socialiste est un habitué de ce type d’affaires puisqu’il a été condamné à deux reprises pour ce motif. La première fois, il a écopé de 5 mois de prison avec sursis et de 15.000 euros d’amende pour avoir occupé entre 1993 et 1995 un emploi fictif au sein de la société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés Agos. Les sommes évoquées ? Environ 67.000 euros.

En juin 2006, Jean-Christophe Cambadélis a également été accusé d’avoir touché près de 94.500 euros de la part de la MIF —une filiale de la Mutuelle nationale des étudiants— alors qu’il n’était pas « conseiller en communication » comme il le laissait entendre. Il a été reconnu coupable de recel d’abus de confiance et condamné à six mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende.

Les « assistants parlementaires européens » du Front National

L’affaire a été révélée en février par Marianne et Mediapart : selon un rapport de l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF), Marine Le Pen est soupçonnée d’avoir établi « un faux contrat de travail » pour son ex-assistant et garde du corps Thierry Légier. Une deuxième collaboratrice de la candidate du FN, Catherine Griset, aurait également occupé le poste d’assistante personnelle de Marine Le Pen alors qu’elle était rémunérée par Bruxelles. Le Parlement européen réclame à ce titre près de 300.000 euros au Front National. Marine le Pen conteste les faits et refuse de répondre aux questions des juges.

Valentin Demay

Écrit par iejpedago