Le nouveau Premier ministre Bernard Cazeneuve doit se livrer ce mardi 13 décembre à l’exercice délicat de la déclaration de politique générale. L’occasion de faire un retour sur les discours emblématiques des précédents Premiers ministres.

La déclaration de politique générale est un rite de passage prévu par la Constitution de la Ve République (article 49 alinéa 1). Dans ce discours fleuve qui se doit de donner le ton, le Premier ministre affiche publiquement les ambitions de son gouvernement et engage sa responsabilité devant l’Assemblée nationale. En cas de rejet par cette dernière, le gouvernement doit démissionner. Les mots choisis ou écartés prennent tout leur sens et certains de ces discours ont même marqué l’histoire.

Un an après la confrontation sociale de mai 1968, Jacques Chaban-Delmas présente sa déclaration de politique générale face aux députés. Dès le début de son discours, il s’affirme et compte positionner la France comme une « puissance industrielle moderne« . Avec un discours particulièrement social, le Premier ministre souhaite créer une « nouvelle société » où l’accent serait mis sur l’éducation et la formation de la jeunesse. Cette prise de parole éloquente, aux allures présidentielles, ne plaira pas tellement au Président de la République de l’époque, Georges Pompidou.

 

Peu après la démission d’Edith Cresson, qui avait, d’ailleurs, eu du mal à asseoir son autorité lors de sa déclaration de politique générale, Pierre Bérégovoy vient provoquer un tsunami de réactions dans l’Hémicycle. Le 8 avril 1992, il décide de mener une guerre ouverte contre la corruption. Sans sourciller, il déclare en brandissant une feuille : « J’ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler« . Outrés, certains des députés quittent même la salle.

En 1988, Michel Rocard prend des allures de Martin Luther King. Avec un discours plein d’espoir, le Premier ministre souhaite redonner place au dialogue et à « la démocratie de tous les jours« . A la fin de son discours, il reprend l’anaphore de Martin Luther King : « Je rêve d’un pays où l’on se parle à nouveau. Je rêve de villes où les tensions soient moindres. Je rêve d’une politique où l’on soit attentif à ce qui est dit, plutôt qu’à qui le dit. Je rêve tout simplement d’un pays ambitieux dont tous les habitants redécouvrent le sens du dialogue – pourquoi pas de la fête – et de la liberté.« 

Edouard Balladur, en 1993, est en cohabitation courtoise avec un président de gauche. Durant son discours, il évoque la nécessité de rassembler dans une France « en pleine crise économique et sociale« . Il croit à la réforme et au renouveau, en rupture avec le précédent gouvernement de Pierre Bérégovoy. Son long discours – près de deux heures – sera acclamé.

 

Aloïs Sarfati

Écrit par iejpedago