Les 5 ans d’Autolib’, un succès contrasté

À Paris, une Autolib’ est louée toutes les 5 secondes. Un succès sans appel pour l’entreprise de voiture électrique, qui totalise, depuis sa création il y a 5 ans, 18 millions de locations, dans plus de 100 villes différentes. Développées par le groupe Bolloré, ces petites voitures électriques en libre service ne sont pourtant pas rentables.

A l’heure des contraintes environnementales et des pics de pollution, Autolib’ a un atout de poids : elle est autorisée, peu importe la plaque d’immatriculation. L’entreprise offre même 1h de location à tous les nouveaux abonnés. Depuis sa création il y a 5 ans, le service d’auto-partage a réussi à s’imposer comme un mode de déplacement alternatif et écologique, « une petite révolution en matière de mobilités urbaines », précisait autolib’ dans un communiqué de presse du 28 janvier 2015.

Mais quel est vraiment le bilan d’Autolib’ ? Retour sur 5 ans en 5 chiffres.

4.000 véhicules sont aujourd’hui en circulation. Il n’y en avait que 250 lors de son démarrage en 2011. Autolib’ a également mis en service en 2014 une version utilitaire de la voiture, qui comprend un coffre de 900 litres, séparé par une grille des deux places avant.

Le service totalise aujourd’hui 320.000 abonnés sur les 5 années, toutes formules confondues. Ce chiffre inclus tous les abonnés qui ont souscrit au moins une fois à un abonnement de 12 mois. Comptez 10€ par mois + 6 euros par 1/2 heure d’utilisation si vous choisissez l’abonnement premium. Pour Délia, abonné depuis 3 ans, Autolib’ « coûte moins cher qu’avoir une voiture, et que prendre uber (…) C’est en plus écologique, pratique, simple à conduire et la place de parking est quasi assurée ! «  s’exclame t-elle.

36.000, c’est le nombre de véhicules que le service d’autopartage a permis de retirer de la circulation en Ile-de-France, selon une étude CSA datant de décembre 2015. Le service se revendique acteur de la réduction d’émissions de particules fines et de CO2 dans l’air.

165 millions de kilomètres ont été parcourus par les bluecar, l’équivalent de 4.000 fois le tour du monde !

Près de 100 villes sont aujourd’hui couvertes par le service Autolib’. Au départ destiné au parisiens intramuros, le service du groupe Bolloré s’est étendu à la banlieue. Paris compte 700 stations, contre près de 400 aujourd’hui en banlieue.

Un succès contrasté 

Site de construction d’une station Autolib’ à Rueil Malmaison (Haut-de-Seine)

L’offre en périphérie parisienne reste la principale problématique à résoudre pour Autolib’. Timothée, utilisateur depuis plus de 3 ans, habite à Viroflay dans les Yvelines : « Quand on est en bout de réseau, en banlieue, on peut passer plus d’une heure sur le service client pour pouvoir brancher la voiture. Et le temps est payant (…) Il est plus difficile de trouver des bornes pour se garer. On arrive à une station et la borne qu’on a réservé peut être occupée par une voiture de particulier« . Autre point noir, le déficit de 170 millions d’euros, couvert contractuellement par la société Bolloré à hauteur de 60 millions d’euros. Le déficit est considéré comme un véritable danger pour certaines villes, comme celle de Viroflay : « Le risque que le déficit résiduel soit couvert par les communes adhérentes au syndicat Autolib est très élevé. Ce qui incite la ville de Viroflay, ainsi que d’autres communes, à faire preuve d’une grande prudence« , estime la ville de Viroflay à travers un communiqué de presse. « Nous préférons donc adopter une position prudente. Nous préférons avoir des certitudes sur nos dépenses à défaut d’en avoir sur les dotations que l’Etat nous donnera. Une station coûte tout de même 60.000 euros« . Outre Viroflay, Versailles et Le Chesnay ont également fait marche arrière.

Le groupe Bolloré reste très discret sur la rentabilité économique du service et sur le niveau des subventions publiques que le groupe perçoit pour compenser le déficit d’exploitation. Pour le compenser, 400 véhicules, c’est à dire 10% de la flotte totale, vont tester pendant trois mois les portières et la lunette arrière avec des visuels publicitaires, ainsi que des partenariats commerciaux. Bolloré continue de se développer, et notamment à l’étranger. Le service a déjà été mis en place à Lyon et Bordeaux, mais aussi à Turin (Italie) et aux États-Unis (Indianapolis). En 2017, le groupe ambitionne de s’installer à Londres avec Bluecity et pour la première fois en Asie, à Singapour.

 

Capucine Brakers de Hugo et Baptiste Durieux

Écrit par iejpedago