Ce lundi les prud’hommes ont a traité un cas inédit. Frédéric Desnard, un Parisien de 44 ans, accuse ses anciens patrons de l’avoir « placardisés », entrainant chez lui un ennui total, pour finalement le licencier.  Ainsi s’ouvre le premier procès sous motif de « bore out » en France.

Le bore out, c’est l’ennui au travail, mais si la formule prête à rire, il n’en s’agit pas moins d’un syndrome psychologique à l’origine de nombreuses dérivent personnels, et professionnels. Mais le phénomène est tabou. Antithèse du plus connu « Burn out », ce syndrome là est moins glorieux. Il est plus façile de se plaindre à cause d’une surcharge de travail que d’expliquer que l’ennuie paralyse nos journées.  Et pourtant, le phénomène est tout autant dangereux pour notre bien être, et notre corps!

 

 

Qu’est ce que le bore out?

Si le mot ennui paraît léger, il s’agit pourtant bien de cela. Le bore out est un syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui. Il s’agit d’un trouble psychologique. En cause? le manque de travail, l’inactivité, le vide intellectuel. Ainsi un salarié perd peu à peu confiance en lui, il voit disparaître la satisfaction de remplir une fonction utile, de s’alimenter intellectuellement. La routine le fige sur son fauteuil, devant un ordinateur pas plus réactif que lui, et là commence le vice.

 

Mauvaise pente

Le Bore out entraine souvent de plus graves troubles, au delà de l’ennui, il y à la dépression, mais aussi l’addiction. Quand on a rien à faire d’intéressant, on fait tout ce qui nous permet de gagner du temps virtuellement, de se réconforter, et de combler les heures si longues à défiler. Ça commence par l’allongement de la pause café, puis on l’accompagne d’une pause cigarette. Le midi l’alcool peut être un bon allié, et le soir en rentrant, un doux réconfort à la solitude morale que peut entraîner une telle inactivité de l’esprit. Il y à aussi les petits à côté, la boîte de gâteaux posé stratégiquement à côté du clavier, pour un gain de temps de déplacement de bras. Car l’ennui fatigue, engourdie le corps et l’esprit.

 

Il pourrait même tuer!

Le préjudice de ce syndrome d’épuisement professionnel n’est pas à sous estimer. Il y a bien sûr le risque d’être finalement victime d’un mécanisme malsain, qui voudrait qu’en donnant peu de travail à un salarié, on peut toujours par la suite lui reprocher de ne pas avoir mérité plus de travail. Dans le cas de Frédéric Desnard, le litige est tel : lui accuse son entreprise de l’avoir laissé pour compte, de l’avoir « placardisé », pour finalement le licencier sur le motif qu’il n’étais plus utile ni même motivé, et son employeur lui se défend avec ces mêmes arguments. Le paradoxe étant qu’en relayant un employé, on lui ôte à la longue toute envie de travailler, mais il est facile de lui reprocher directement ce manque d’activité au sein de l’entreprise. Il faudrait donc, selon la logique, et pour éviter un licenciement, s’affairer quitte à gruger, et surtout ne pas signifier son ennui.

Mais au delà du conflit au sein de l’entreprise, il y a un risque plus fort et plus dangereux pour la personne touché par ce syndrome. « Mourir d’ennui » est l’expression qui nous vient immédiatement en tête, un petit rictus au visage, quand on prononce les mots « bore out ». Mais pourquoi pas? L’ennui pourrait, non pas vous assassiner d’un coup d’un seul, mais sur le long terme, vous user, plus vite que les autres.

En 2010, deux scientifiques anglais, Annie Britton and Martin J. Shipley, ont publié une étude Bored to death . En 1988  Ils ont interrogé des personnes agé de 35 à 55ans, leur demandant d’évaluer leur niveau d’ennui au travail. En 2009 ils ont voulu savoir lesquels de ces personnes étaient encore en vie.

Ils ont alors constaté que ceux qui avaient déclaré subir un haut niveau d’ennui avaient 37 % plus de chance d’être morts d’ici à la fin de la période que ceux qui n’ont pas rapporté s’ennuyé. Pour les chercheurs cela s’explique car les personnes qui se sentent régulièrement ennuyés sont plus enclins à être malheureux et à se sentir non motivés et non réalisés et ceci peut engendrer des habitudes malsaines comme fumer, se droguer, ou boire. Trois facteurs peu engageant pour notre longévité.

 

 

À lire sur le sujet

Le bore out syndrome. Quand l’ennui au travail rend fou (ed.Albin Michel à paraitre en Janvier 2016).  Christian Bourion rédacteur en chef de la Revue internationale de psychosociologie. Il est également l’auteur d’une grande étude, réalisée en 2011 avec Stéphane Trebucq, portant sur le syndrome du bore-out.

– Diagnosis Boreout, écrit par deux consultants d’affaires suisses, Peter Werder et Philippe Rothlin.

 

 

Écrit par Cécilia Severi